A six mois des JO, le water-polo sort la tête de l'eau à Trieste

Les Jeux de Tokyo sont encore loin, et incertains, vus de la piscine de Trieste où huit nations se disputent cette semaine les derniers visas olympiques en water-polo féminin, mais les sourires sont revenus sous les bonnets, après quasiment un an sans match international.

MIGUEL MEDINA - AFP

Les Jeux de Tokyo sont encore loin, et incertains, vus de la piscine de Trieste où huit nations se disputent cette semaine les derniers visas olympiques en water-polo féminin, mais les sourires sont revenus sous les bonnets, après quasiment un an sans match international.

Des drapeaux, des hymnes et des matches, mais aussi des gradins vides et des masques obligatoires, que les joueuses gardent pendant les présentations, jusqu'à leur entrée dans l'eau.

A six mois du rendez-vous de Tokyo (23 juillet-11 août), Trieste offre peut-être un avant-goût de ce qui attend les sportives et sportifs au Japon, en cette ère de pandémie.

"C'est étrange, c'est vrai, de ne même pas pouvoir faire un +check+ (salut poing contre poing, NDLR) avec les adversaires à la fin du match. Mais c'est comme ça, c'est devenu normal", explique à l'AFP la Grecque Christina Tsoukala, les yeux malgré tout pétillants après avoir passé sept buts mardi à la faible sélection du Kazakhstan.

"La reprise? C'est dur! Mais on voulait toutes repartir après pratiquement un an sans match international, alors c'est bien, on est contentes", ajoute la joueuse de l'Olympiakos.

L'ambiance est "étrange" pour toutes, mais plus encore pour les redoutables Hongroises et leur entraîneur (et ex-joueur) Attila Biro: "Je n'ai jamais joué de cette façon, ça fait bizarre. En Hongrie, on jouait encore cet automne devant des supporters... Même si cela facilite mon travail pour parler aux joueuses, je préfère les cris des spectateurs."

- "Non essentiel" -

Depuis un an, le contexte a changé - en Italie, les piscines et gymnases sont toujours fermés au public. Mais pas l'enjeu, majuscule, pour les huit équipes participant jusqu'à dimanche à ce tournoi de qualification olympique. Les finalistes décrocheront les deux derniers billets pour Tokyo, rejoignant les huit nations déjà qualifiées (Australie, Canada, Chine, Afrique du Sud, Espagne, Russie, Etats-Unis et Japon).

Les Italiennes, vice-championnes olympiques en titre, les Hongroises, les Néerlandaises et les Grecques sont les grandes favorites de ce tournoi qui était initialement programmé en mai.

Le sélectionneur des Bleues, Florian Bruzzo (c), conseille ses joueuses lors du match de qualification pour les JO de Tokyo face à l'Italie, à Trieste, le 19 janvier 2021

Le sélectionneur des Bleues, Florian Bruzzo (c), conseille ses joueuses lors du match de qualification pour les JO de Tokyo face à l'Italie, à Trieste, le 19 janvier 2021

MIGUEL MEDINA - AFP

Les Françaises, privées de plusieurs joueuses et battues d'entrée par l'Italie, auront du mal à se mêler à la lutte, regardant plutôt vers les JO-2024 de Paris.

Mais le camp français, lui non plus, ne boude pas son plaisir: onze mois après, rejouer un match qui ne soit plus une simple opposition d'entraînement, c'est "fantastique" malgré les contraintes, estime ainsi le sélectionneur Florian Bruzzo dans les couloirs de la piscine de Trieste.

"C'est une chance, oui. En étant sportif de haut niveau, on a gagné cette possibilité de pouvoir faire quelque chose qui peut être considéré comme non essentiel", abonde sa capitaine Géraldine Mahieu, qui a pour sa part joué davantage en 2020 que les autres Bleues, car elle évolue en Hongrie (Dunaujvaros), où le championnat a repris dès juillet.

- Dans la "bulle" -

Depuis fin décembre et le début de la préparation, les Françaises sont dans une véritable "bulle" sanitaire. Un isolement également en vigueur pour toutes les personnes présentes à Trieste cette semaine. Joueuses comme dirigeants sont cantonnés à l'hôtel et à la piscine, au grand dam des Kazakhes dont le sélectionneur ne cache pas que c'est un peu éprouvant "psychologiquement" de ne pas pouvoir s'aérer dans les rues de la ville portuaire du nord de l'Italie.

Mais les Jeux sont à ce prix.

L'Italienne Roberta Bianconi lors du match de qualification pour les JO de Tokyo contre la France, à Trieste, le 19 janvier 2021

L'Italienne Roberta Bianconi lors du match de qualification pour les JO de Tokyo contre la France, à Trieste, le 19 janvier 2021

MIGUEL MEDINA - AFP

"On passe notre vie à se battre pour les faire, c'est un rendez-vous capital pour tous les athlètes", rappelle l'Italienne Roberta Bianconi, vice-championne olympique à Rio en 2016, qui n'ose imaginer un nouveau report ou une annulation des JO.

"Ce serait vraiment un coup dur, mais évidemment, si c'était le cas, cela voudrait dire que la situation globale est vraiment difficile...", prévient-elle.

Un scénario également inimaginable pour le sélectionneur hongrois: "On souhaite évidemment qu'il y ait des supporters à Tokyo, mais je pense qu'il faut qu'ils aient lieu, même sans public".

Sans supporters, mais avec des vaccins pour celles qui iront à Tokyo? "C'est sans doute la seule solution pour pouvoir disputer les Jeux sereinement, si on se qualifie", pour Bianconi.

Par Anthony LUCAS / Trieste (Italie) (AFP) / © 2021 AFP