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Ultim Challenge: "L'un des plus gros défis de nos carrières", selon le navigateur Charles Caudrelier

A la veille du départ de l'Ultim Challenge, première course autour du monde en trimaran en solitaire, le vainqueur de la Route du Rhum Charles Caudrelier, skipper du Maxi Edmond de Rothschild, raconte à l'AFP ses doutes et ses espoirs dans le premier volet d'un carnet de bord de ce périple inédit.

LOIC VENANCE - AFP

A la veille du départ de l'Ultim Challenge, première course autour du monde en trimaran en solitaire, le vainqueur de la Route du Rhum Charles Caudrelier, skipper du Maxi Edmond de Rothschild, raconte à l'AFP ses doutes et ses espoirs dans le premier volet d'un carnet de bord de ce périple inédit.

"Les préparatifs sont terminés ! On est allé faire une petite navigation en équipage vendredi au large de Brest pour se rassurer une dernière fois, vérifier des petits détails. Ce n'était pas indispensable, mais ça fait du bien de se remettre les repères en tête avant de partir pour un challenge aussi intense.

C'est devenu concret jeudi pour moi, quand on a commencé à parler de météo vraiment sérieusement. Depuis j'imagine beaucoup le début de course. Il va forcément y avoir énormément d'émotions au moment de quitter les pontons et de passer la ligne, mais ensuite on va être pris par la machine.

Les premiers jours après le départ sont toujours un peu longs. On était terrien et on devient marin. Ce que le bateau reçoit, tu le reçois: quand le bateau va bien, tu es bien et quand le bateau souffre, tu souffres aussi.

Bizarrement, je me sens moins stressé que d'habitude alors que je n'ai jamais fait de tour du monde en solitaire. Mais la nuit dernière, j'ai réfléchi à ça en me couchant : j'ai déjà fait 30 jours en mer d'affilée et cela ne m'a pas paru interminable.

Il y a des gens qui ont fait des tours du monde bien plus longs. Après en termes d'intensité, vu qu'il s'agit d'une course cela va forcément nous pousser à nos limites.

J'appréhende un peu ce long couloir dans les mers du sud où tout est austère : la lumière, les vagues, le temps. Tout est difficile et cela ne s'arrête jamais. Psychologiquement, il faudra être très fort à ce moment-là.

C'est impossible de ne pas être fatigué dans ces conditions et ça fait un peu peur... car cela peut nous pousser à faire des erreurs

Mais bon, je relativise, j'ai choisi d'être là, je me sens même un peu privilégié. Il y a plein de gens qui rêveraient d'être à notre place. Je n'oublie pas d'où je viens, avant d'être le skipper de ce bateau, j'en ai vu un paquet des départs de course en solitaire, sans moi.

D'ici le départ, je vais essayer d'emmagasiner un maximum d'heures de sommeil, de passer du temps avec ma fille et mon garçon.

Malheureusement, on n'est pas forcément très disponible pour eux car les sollicitations sont nombreuses. La course au large, je dis souvent que c'est un sport un peu égoïste car tu abandonnes un temps ton poste de papa.

LOIC VENANCE - AFP

Je pense qu'ils sont un peu inquiets, mais ils n'osent pas en parler. J'essaye de les rassurer. Oui, il y a une part de risque, mais c'est un risque maitrisé et calculé. Et certains métiers sont beaucoup plus dangereux.

Physiquement, le boulot a été fait et je me sens prêt. Mentalement, j'essaye à terre de visualiser des situations de crise et je me prépare à les accueillir du mieux possible. J'ai des petits rituels secrets pour me recaler à bord et rester serein.

Avec les cinq autres skippers, on discute peu de la course en elle-même car on reste des concurrents et des compétiteurs, mais c'est vrai qu'on sent se créer un lien spécial entre nous, quelque chose d'unique.

De mon côté, je vois beaucoup ça comme un défi avec moi-même. J'ai hâte de voir comment je vais me gérer, y compris dans les difficultés. Car il y en aura, on s'attaque à un gros morceau. C'est l'un des plus gros défis de nos carrières."

AFP / Brest (AFP) / © 2024 AFP

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