Sur les traces de Ferland Mendy, d'un petit quartier des Yvelines au toit de l'Europe

Une "force de caractère", une aisance dans le jeu et un côté "chambreur": Ferland Mendy, qui a failli voir sa carrière s'arrêter à 14 ans pour un problème à une hanche, jouera samedi sa première finale de Ligue des champions avec le Real Madrid.

JAVIER SORIANO - AFP/Archives

Une "force de caractère", une aisance dans le jeu et un côté "chambreur": Ferland Mendy, qui a failli voir sa carrière s'arrêter à 14 ans pour un problème à une hanche, jouera samedi sa première finale de Ligue des champions avec le Real Madrid.

Dans son quartier d'enfance, à la Résidence du Parc à Ecquevilly dans les Yvelines, à 40 km du Stade de France où aura lieu la finale de C1, tout le monde connaît le joueur de 26 ans, mais personne ne veut en parler.

Sa famille, dont sa mère, vit toujours dans une barre d'immeubles, récemment rénovée. Au pied de celle-ci, ses amis d'enfance et son neveu, interrogés par l'AFP, veulent rester discrets sur les débuts de la star du quartier.

C'est dans cette petite ville de 4.000 habitants à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Paris que Ferland Mendy, cousin du gardien de Chelsea et de la sélection sénégalaise Edouard Mendy, a commencé tout jeune à jouer avec ses amis dans les allées, entre les immeubles.

"A l'époque, il était tout petit et mince mais déjà très fort physiquement, il savait toucher le ballon, on aurait cru qu'il jouait déjà dans un club, fallait pas le laisser passer", détaille Hassan Gizoul, alors éducateur dans le centre social du quartier.

C'est lui qui le remarque en premier et le pousse à participer à un tournoi inter-quartiers, à l'âge de 8 ans. Il y joue alors "sans pression" mais "impressionne".

Doté déjà d'un "gros mental", il travaille "pour gagner en physique" et monter en puissance, relate l'éducateur.

En 2004, Yves Gergaud, entraîneur des U11 du Paris SG à l'époque le repère lors d'une compétition et l'intègre à l'issue d'un stage de sélection, tout comme cette année-là deux autres futurs professionnels, le défenseur parisien Presnel Kimpembe et l'attaquant lyonnais Moussa Dembélé.

- "Pas à pas" -

Alors âgé de 10 ans, "Ferland est déjà très adroit avec son pied gauche, dès le premier toucher de balle, il fait la différence", se souvient l'actuel recruteur du Paris FC (L2), se remémorant ses dribbles, son "crochet extérieur" et son "coup de rein".

Ferland Mendy avec le Real Madrid en championnat d'espagne contre le Betis Séville au stade Santiago-Bernabeu, le 20 mai 2022

Ferland Mendy avec le Real Madrid en championnat d'espagne contre le Betis Séville au stade Santiago-Bernabeu, le 20 mai 2022

PIERRE-PHILIPPE MARCOU - AFP/Archives

Latéral gauche dès ses premières années au PSG, il brille aussi par ses "conduites de balles, ses "changements de rythme" et son "explosivité" mais aussi par ses "tirs au ras du sol".

Sur le côté défensif, le joueur d'origine sénégalaise doit progresser dans les duels et les tacles, "mais a rapidement fait des progrès sur les positions de son corps", détaille Yves Gergaud.

Sur le terrain comme dans le vestiaire, Ferland Mendy est alors connu pour son côté "chambreur", jouant "toujours avec le sourire": il "faisait du foot pour le jeu, il s'amusait en tapant dans le ballon", enchaîne son ancien coach, "ce n'était pas un leader".

Après deux ans, il passe en préformation au PSG en 2008, mais à cause de "problèmes scolaires" mais surtout d'une blessure à la hanche, il n'intègre pas le centre de formation et est écarté des terrains puis définitivement du club parisien.

Le Madrilène racontait au journal Le Parisien avoir fait de la rééducation pendant plus de six mois, en "chaise roulante pendant un bon moment, puis en chariot plat. Et petit à petit, ils m'ont réappris à marcher. Pas à pas".

"Il devait arrêter le foot, il ne marchait plus", se souvient son ancien entraîneur. Cette année-là, son père décède. "Une période très difficile", racontent ses anciens entraîneurs interrogés par l'AFP.

- "Finesse technique" -

En 2012, "il est arrivé chez nous car personne ne voulait de lui et il voulait se relancer, c'était une aubaine pour nous", lance Cyrille Cabrera, entraîneur U19 dans le club amateur de Mantes-la-Jolie, le FC Mantois. "Un joueur comme ça, on ne s'en prive pas."

En plus d'être "jovial" et "humble", son ancien coach se rappelle surtout d'un "mental d'acier", car "remonter la pente après une telle blessure c'est très difficile".

Ferland Mendy intervient face à Matheus Cunha de l'Atletico Madrid lors du derby de la capitale espagnole disputé au Metropolitano, le 8 mai 2022

Ferland Mendy intervient face à Matheus Cunha de l'Atletico Madrid lors du derby de la capitale espagnole disputé au Metropolitano, le 8 mai 2022

PIERRE-PHILIPPE MARCOU - AFP/Archives

En pleine saison, pour un match crucial, "je mets Ferland au centre, alors qu'il est latéral et il nous fait gagner le match, une passe décisive et un but", rembobine-t-il avec plaisir, marqué par "son aisance de jeu", "sa finesse technique".

Ensuite tout s'accélère. Arrivé au Havre en 2013, Mendy signe deux ans plus tard son premier contrat professionnel avec le HAC, alors en Ligue 2. En 2017, il joue deux saisons à l'Olympique lyonnais avant de rejoindre le Real Madrid, en échange de 48 millions d'euros.

Au fil des matches, le gaucher français (7 sélections) a pris de l'assurance et le relais du Brésilien Marcelo. Il est aujourd'hui titulaire indiscutable à son poste.

Par Alice LEFEBVRE / Ecquevilly (France) (AFP) / © 2022 AFP