Portugal : Ronaldo vers les records amers

Une Coupe du monde en pente douce: Au Qatar, Cristiano Ronaldo continue à empiler les records et pourrait bientôt devenir le joueur le plus sélectionné de l'histoire du football, mais qui s'en soucie ? Car le Portugal avance dans le tournoi en laissant sa star à la marge.

PATRICIA DE MELO MOREIRA - AFP

Une Coupe du monde en pente douce: Au Qatar, Cristiano Ronaldo continue à empiler les records et pourrait bientôt devenir le joueur le plus sélectionné de l'histoire du football, mais qui s'en soucie ? Car le Portugal avance dans le tournoi en laissant sa star à la marge.

Alors que ses équipiers fêtaient avec leurs supporters leur spectaculaire qualification pour les quarts de finale du Mondial-2022 après avoir démoli la Suisse (6-1) mardi, Ronaldo a filé rapidement seul vers les vestiaires.

"Journée incroyable pour le Portugal, avec un résultat historique sur la plus grande scène du football mondial. Exhibition de luxe d’une équipe pleine de talent et de jeunesse. Notre Seleçao mérite d’être félicitée. Le rêve est vivant ! Jusqu’au bout !", a-t-il ensuite écrit sur Instagram.

Il n'y a pas de raisons de douter de la sincérité de son message ni de sa joie, et certainement qu'un titre mondial après le sacre européen de 2016 viendrait donner la dernière touche de brillant à son incomparable palmarès.

Mais il est évident que "CR7" n'a pas au Qatar la place qu'il s'imaginait. Après un début de tournoi sans lustre, qui l'a tout de même vu devenir le premier joueur de l'histoire à inscrire au moins un but lors de cinq Coupes du monde, il a ainsi été brutalement déclassé mardi.

- bientôt le record -

Cristiano Ronaldo prend un coup franc accordé au Portugal contre la Suisse à Lusail, le 6 décembre 2022

Cristiano Ronaldo prend un coup franc accordé au Portugal contre la Suisse à Lusail, le 6 décembre 2022

ADRIAN DENNIS - AFP

Au coup d'envoi, le jeune Gonçalo Ramos, trois sélections et 33 minutes de jeu sous le maillot du Portugal, était aligné. Ronaldo, 194 sélections, 118 buts avec la Seleçao, cinq Ballons d'Or, cinq Ligues des champions, lui, était sur le banc.

Or, le résultat a été extraordinaire. Sans Ronaldo et avec Ramos, le Portugal a joué son meilleur match depuis une éternité et le jeune avant-centre a été absolument éblouissant, avec un triplé et une passe décisive.

Remplaçant au coup d'envoi, ce qui ne lui était plus arrivé depuis près de 15 ans avec le Portugal, Ronaldo a de son côté joué le dernier quart d'heure, sans parvenir à marquer ce but en phase à élimination directe après lequel il court toujours, 16 ans après sa première Coupe du monde.

Ces 15 minutes disputées au stade de Lusail, où il aura au moins constaté aux acclamations des supporters dès qu'il touchait le ballon que sa popularité est intacte, comptent comme une 195e sélection.

Encore une - en quart de finale samedi contre le Maroc ? - et Ronaldo deviendra le joueur le plus capé de l'histoire du football, à égalité avec le Koweïtien Bader al-Mutawa, qui n'a pas exactement laissé la même trace.

- un parmi d'autres -

Mais s'il tombe, ce record interviendra probablement de nouveau en sortie de banc, Ronaldo n'étant plus incontournable et payant le prix de manifestations d'ego devenues moins acceptables chez un joueur aux performances désormais ordinaires.

Cristiano Ronaldo avec Diogo Dalot après la victoire du Portugal sur la Suisse à Lusail, au nord de Doha, le 6 décembre 2022

Cristiano Ronaldo avec Diogo Dalot après la victoire du Portugal sur la Suisse à Lusail, au nord de Doha, le 6 décembre 2022

Paul ELLIS - AFP

Fernando Santos avait ainsi donné un premier indice lundi en expliquant clairement qu'il n'avait pas aimé le comportement de sa vedette lorsqu'il a quitté le terrain mécontent contre la Corée du Sud.

Mardi après le triomphe de son groupe face à la Suisse, il a encore expliqué réfléchir "à cette équipe en tant que collectif."

"Je connais Ronaldo depuis qu'il a 19 ans et nous avons développé une relation forte. L'aspect humain n'a jamais été mal interprété. Je suis sélectionneur, il est joueur, il sait quoi faire pendant le match. Pour moi, il est un joueur très important de la sélection", a déclaré le sélectionneur.

Un joueur très important, mais pour la première fois depuis plus de dix ans, un parmi d'autres, comme l'a aussi résumé le défenseur central Pepe, buteur à près de 40 ans mardi et capitaine au coup d'envoi, avant de rendre le brassard à Ronaldo.

"C’était un choix de l’entraîneur et nous devons respecter la décision de notre coach", a-t-il dit à la télévision publique portugaise RTP. "+Cris+ sait parfaitement, et le coach l’a dit très clairement, qu’ici le plus important c’est le +nous+. Et quand c’est comme ça..."

Par Stanislas TOUCHOT / Doha (AFP) / © 2022 AFP