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Mondial de cricket: les Afghans, "champions" malgré la défaite

Depuis un mois, ils y croyaient: les "Lions bleus" seraient champions du monde de cricket. Ils ont éliminé des géants, ont joué la première demi-finale de leur histoire, mais le rêve a pris fin ce jeudi matin.

Wakil KOHSAR - AFP

Depuis un mois, ils y croyaient: les "Lions bleus" seraient champions du monde de cricket. Ils ont éliminé des géants, ont joué la première demi-finale de leur histoire, mais le rêve a pris fin ce jeudi matin.

Après un nouveau match joué à l'aube --heure de Kaboul, car le tournoi se tient en Amérique-- l'Afrique du Sud a coupé court aux rêves des plus de 40 millions d'Afghans, ballottés de guerre en guerre depuis quatre décennies, englués dans la pauvreté et de nouveau sous un pouvoir taliban depuis 2021.

"Ils restent des héros et on les respecte", lance Mohammad Kharotai à l'AFP. "Ils ont rendu les Afghans fiers et ils ont fait flotter haut le drapeau dans les stades", poursuit cet Afghan de 45 ans.

Le drapeau est justement au coeur d'un contentieux avec le nouveau pouvoir des talibans. Comme ils ne sont reconnus par aucun pays --ni instance sportive internationale--, l'équipe continue d'arborer des maillots floqués du drapeau noir, vert et rouge de la République renversée.

- "Plus qu'un jeu" -

Mais peu importe les couleurs, car, depuis mercredi, le pouvoir taliban avait tourné casaque. Après avoir dispersé des fans en liesse à coup de canons à eau lors des précédents matches, il avait décidé de s'associer à la victoire que tous attendaient.

La Fédération officielle de cricket avait ouvert pour ces demi-finales un "événement spécial pour les fans dans un parc" de Kaboul. Depuis le retour des talibans au pouvoir, les femmes sont interdites d'accès aux salles de sport et aux parcs.

Quelques supporters afghans brandissent le drapeau taliban alors qu'ils suivent sur écran géant à Kaboul le match de leur équipe de cricket contre l'Afrique du Sud, le 27 juin 2024

Quelques supporters afghans brandissent le drapeau taliban alors qu'ils suivent sur écran géant à Kaboul le match de leur équipe de cricket contre l'Afrique du Sud, le 27 juin 2024

Wakil KOHSAR - AFP

Jeudi, ils étaient des centaines d'hommes au rendez-vous aux abords du stade devant des écrans géants. Avec, dans la foule, des talibans agitant le drapeau blanc et noir de l'Emirat islamique.

Chez tous, la défaite n'a en rien entamé la ferveur autour des onze perdants magnifiques du jour.

"L'équipe de cricket afghane n'est plus qu'une équipe de cricket. Ce n'est pas qu'un jeu avec une batte et une balle. Pour nous, c'est une source de joie, une raison pour les Afghans de s'unir", s'enflamme Aziz Rahman Rahmani, changeur à Kaboul.

"On soutiendra toujours notre équipe, on sera là pour les attendre à l'aéroport à leur retour", poursuit ce fan inconditionnel de 25 ans.

Parce que femme et interdite de rassemblements publics, Shkula Danish a regardé le match chez elle, dans sa province orientale de Paktia.

"On a le coeur triste parce que le match n'a pas été à la hauteur de nos attentes: on ne va pas en finale", déplore-t-elle, jointe par l'AFP au téléphone.

- "Ils ramèneront la Coupe un jour" -

Mais pour Javid Mohammed, ce n'est pas l'arrivée qui compte, mais le chemin parcouru.

"Les joueurs ont montré nos valeurs au monde, ils ont fait briller le nom de l'Afghanistan. Maintenant, où qu'on aille, quand on parle cricket, l'Afghanistan est mentionné", assure ce professeur d'université.

La déception des Afghans suivant le match de leur équipe nationale de cricket contre les Sud-Africains sur un écran géant, le 27 juin 2024 à Kaboul

La déception des Afghans suivant le match de leur équipe nationale de cricket contre les Sud-Africains sur un écran géant, le 27 juin 2024 à Kaboul

Wakil KOHSAR - AFP

Et surtout, insiste Bakhta Jan Bakhtyar, 28 ans, résident à Khost, dans l'Est, "ils ont battu de grosses équipes et sont arrivés en demi-finales avec quasiment pas d'infrastructures et aucun terrain aussi bien entretenu que dans les autres pays".

Pour cette raison, jure Qudratullah Tarar, 27 ans, installé lui aussi à Khost, "ils restent des champions".

"Ils sont notre fierté et on les aime, quelles que soient les circonstances", assure-t-il.

A Kaboul, Tila Mohammed se projette déjà, même si autour de lui, la foule se disperse, tête baissée et rêves partis en éclats.

"Au prochain Mondial, on battra l'Afrique du Sud", assure-t-il à l'AFP.

"Si Dieu le veut, un jour, ils nous ramèneront la Coupe du Monde en Afghanistan".

Par Abdullah HASRAT / Kaboul (AFP) / © 2024 AFP

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