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Mathieu Baumel, boussole d'Al-Attiyah dans les dunes du Dakar

Dans l'habitacle, Mathieu Baumel est assis à droite de Nasser Al-Attiyah. Son nom brille moins, mais il a participé, en tant que maître de la navigation, à quatre des cinq victoires du Qatarien sur le Dakar.

PATRICK HERTZOG - AFP

Dans l'habitacle, Mathieu Baumel est assis à droite de Nasser Al-Attiyah. Son nom brille moins, mais il a participé, en tant que maître de la navigation, à quatre des cinq victoires du Qatarien sur le Dakar.

"Je crois qu'on ne dit plus copilote mais navigateur", prévient d'emblée le Français de 47 ans, sourire aux lèvres, dans son camping-car.

Les "seigneurs du désert" partagent la route depuis 2014. Ils remportent dans la foulée en 2015 leur premier titre sur le Dakar en Mini, avant de prendre trois couronnes avec Toyota (2019, 2022 et 2023).

Désormais à bord d'un Hunter Prodrive -- comme Sébastien Loeb --, Mathieu Baumel est le maître du "roadbook", une tablette sur laquelle figurent des petits dessins qui indiquent les obstacles à venir, les changements de cap ou de terrain, distribuées le matin-même de chaque course.

Il les lit, les déchiffre puis les transmet à Nasser Al-Attiyah au fur et à mesure de l’étape, le tout secoué à 170 km/h dans un siège baquet.

"Tu réfléchis tout le temps, le tout 4 ou 5 heures d'affilée dans une voiture où tu ne vois pas grand-chose, j'ai un champ de vision restreint", explique-t-il en mimant avec ses mains une surface d'une trentaine de centimètres carrés.

Le tout en anglais. "J'ai eu des petits soucis avec la langue au début. Parfois dans le stress, c'est le français qui vient. Nasser répond +what what ?+", sourit-il en imitant son voisin de gauche.

Celui qui rêvait d'être champion de ski a commencé le rallye-raid aux côtés du Français Guerlain Chicherit, avec qui il partage le plus beau souvenir de sa carrière: son premier Dakar en 2005.

"Je me rappelle du jour où on a failli faire le coup du siècle, 660 km de sable en Afrique. Tout le monde tombe en panne. Et nous à neuf kilomètres de l'arrivée. On a dormi sous la voiture, on siphonnait des bagnoles qu'on trouvait. C'était un vrai Dakar", commente son ancien partenaire, avec qui il a gagné une étape sur le Dakar en 2006.

La Prodrive, la voiture pilotée par le Qatarien Nasser Al-Attiyah et co-pilotée par le Français Mathieu Baumel au cours de la 5e étape du Dakar le 10 janvier 2023 entre Al Hofuf et Shubaytah en Arabie saoudite

La Prodrive, la voiture pilotée par le Qatarien Nasser Al-Attiyah et co-pilotée par le Français Mathieu Baumel au cours de la 5e étape du Dakar le 10 janvier 2023 entre Al Hofuf et Shubaytah en Arabie saoudite

PATRICK HERTZOG - AFP

Humblement, Mathieu Baumel reconnaît qu'il lui a fallu quelques années pour se sentir prêt à gagner.

"J'ai eu des résultats pas trop mauvais au début, 9e avec Guerlain, 6e avec Carlos Sousa. Tout ça ce sont des périodes où je n'aurais jamais pu être avec un pilote qui pouvait gagner le Dakar. Je n'étais pas prêt. Je ne me sentais absolument pas être celui qui ouvre la piste", estime le travailleur de l'ombre.

Le déclic ? "Faire des erreurs, savoir comment ne plus recommencer, rouler des milliers de kilomètres. C'est ce qu'on fait avec Nasser et on s'en sort pas trop mal", plaisante Baumel.

- Coup de maître en 2022 -

Ce passionné a des cartons remplis de roadbooks et de cartes qu'il a gardés après toutes Les courses.

"Pendant mon premier Dakar en 2005, Michel Périn (copilote français, 4 victoires sur le Dakar, ndlr), la référence des navigateurs à l'époque, m'a pas mal aidé", se souvient Baumel. "Chez lui, tout était stocké par année, c'était super bien fait. Du coup j'ai tout à la maison, je recomposais les parties. Mais aujourd’hui ça disparaît".

Après une course de plusieurs heures, le co-pilote planchait 4 ou 5 heures avec un cartographe. Depuis 2021, les roadbooks sont distribués une vingtaine de minutes avant chaque étape.

"Maintenant, tout se fait pendant la spéciale à vitesse élevée. Le cerveau doit être entraîné à gérer toutes ces choses. La différence se fait sur la capacité d'analyse", décrypte le co-pilote.

Il a quelques faits d'armes à son actif. Le plus beau ? "La première spéciale en 2022", lance-t-il immédiatement. Baumel avait frappé un grand coup en semant toute la concurrence grâce à un choix judicieux de navigation.

Le Français Mathieu Baumel, co-pilote du Qatarien Nasser Al-Attiyah, devant la Prodrive après l'arrivée de la 5e étape du Dakar le 10 janvier 2024 entre Al Hofuf et Shubaytah en Arabie saoudite

Le Français Mathieu Baumel, co-pilote du Qatarien Nasser Al-Attiyah, devant la Prodrive après l'arrivée de la 5e étape du Dakar le 10 janvier 2024 entre Al Hofuf et Shubaytah en Arabie saoudite

PATRICK HERTZOG - AFP

"Tout le monde se perd en début de course. Il y a quelques traces de motos mais tu sais qu'il doit y en avoir 140 devant. Il m'a fait confiance. Plus on avance plus je doute", se remémore-t-il, encore fier. "A l'arrivée on demande où sont les autres. On nous dit qu'on est les premiers. C'était incroyable".

Et de concéder, un brin nostalgique: "J'ai l'impression que c'était encore hier mais c'est déjà mon 17e (Dakar). Ca passe trop vite".

Par Arthur CONNAN / Shubaytah (Arabie saoudite) (AFP) / © 2024 AFP

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