single.php

Judo: pour Mkheidze, l'appétit olympique vient en mangeant

"En or, ça irait encore mieux dans le salon!" Après avoir offert à la France sa première médaille aux Jeux de Tokyo, le judoka français Luka Mkheidze raconte à l'AFP d'où il tire sa force, de sa Géorgie natale à ses années de cuisinier en Normandie.

Sylvain THOMAS - AFP/Archives

"En or, ça irait encore mieux dans le salon!" Après avoir offert à la France sa première médaille aux Jeux de Tokyo, le judoka français Luka Mkheidze raconte à l'AFP d'où il tire sa force, de sa Géorgie natale à ses années de cuisinier en Normandie.

Sa vie a changé le 24 juillet 2021, quand, dans son judogi bleu, il s'est paré de bronze. Trois ans et demi plus tard, le poids léger (-60 kg) de 28 ans a "toujours du mal à trouver les mots pour décrire ce (qu'il a) pu ressentir" même s'il est sûr d'une chose: "ça restera gravé à jamais".

Alors qualifié sur le fil pour ses premiers Jeux, il sait qu'il n'est "pas favori", rendant l'issue d'autant plus belle: "ça a été un bonheur total, pour moi et mes proches, je sais à quel point c'est énorme d'avoir une médaille olympique".

Aujourd'hui le décor n'est plus le même. Revenu en force, après une blessure, en 2023, il a été couronné champion d'Europe en novembre avant d'être sélectionné parmi les dix premiers judokas tricolores sélectionnés pour 2024.

"J'attaque cette année avec beaucoup d'ambitions, l'objectif de gagner la médaille d'or", assume-t-il avant le prestigieux tournoi de Paris (2-4 février).

Luka Mkheidze (g) en finale des moins de 60 kg des Championnats d'Europe face à l'Ukrainien Dilshot Khalmatov, le 3 novembre 2023 à Montpellier

Luka Mkheidze (g) en finale des moins de 60 kg des Championnats d'Europe face à l'Ukrainien Dilshot Khalmatov, le 3 novembre 2023 à Montpellier

Sylvain THOMAS - AFP/Archives

Le bronze de 2021, inespéré, lui montre aujourd'hui le chemin vers l'or: "je sais pourquoi, chaque matin, je me lève pour aller à l'entraînement, pour avoir la chance de revivre ce moment-là".

"La médaille, je l'ai apprise par coeur", comme il l'avait promis, "je l'ai portée très longtemps, j'étais très fier de la montrer, et aujourd'hui elle a pris une place dans ma vitrine. C'était important aussi de la poser, de la laisser tranquille, pour penser à Paris. Maintenant j'en veux une nouvelle, et en or ça irait encore mieux dans le salon !"

- "Remercier la France" -

Arrivé en France en 2010 en tant que réfugié, après avoir fui la Géorgie et le deuxième conflit en Ossétie du Sud, en passant par le Bélarus et la Pologne, Mkheidze se replonge dans ce souvenir: "j'ai pu m'intégrer en France assez facilement, je suis tombé sur de bonnes personnes qui m'ont aidé".

Luka Mkheidze avec sa médaille d'or des moins de 60 kg aux Championnats d'Europe, le 3 novembre 2023 à Montpellier

Luka Mkheidze avec sa médaille d'or des moins de 60 kg aux Championnats d'Europe, le 3 novembre 2023 à Montpellier

Sylvain THOMAS - AFP/Archives

Pour le judoka, naturalisé Français en 2015, "briller à Paris serait une façon de remercier toutes ces personnes et la France qui m'a ouvert ses portes".

Il se rappelle encore comment ce "rêve" est né, dans un pays où le judo est plus que le "sport national", une "culture": "C'était en 2004, je regardais les Jeux à la télé, j'avais huit ans, je rêvais. Je voyais des judokas qui brillaient et toute la fierté que ça rapportait au pays. Je voulais moi aussi vivre ces émotions".

"Je ne sais pas si j'imaginais devenir ce que je suis devenu, mais j'en avais l'ambition et l'envie", pose-t-il, avant de compléter: "Aujourd'hui cette ambition, je ne l'ai réalisée qu'à moitié. Si je gagne les Jeux, je pourrai dire que j'ai réalisé entièrement ce que j'ai toujours voulu depuis petit".

Là où son rêve est né, il y est retourné pour fêter sa médaille, puis à l'été 2023: "je fais des choses simples quand je vais en Géorgie, je vois la famille, une soeur encore là-bas, ma grand-mère, mon oncle, des amis de mon ancienne école, et je mange géorgien".

Son plat préféré, "les Khinkali, des raviolis à la viande bien épicée, avec du jus", il pourrait en manger tous les jours si son régime lui permettait: "je les fais moi-même, j'ai fait des études de cuisine et j'ai travaillé dans une brasserie à Rouen quand j'étais en sport-étude là-bas".

Trois ans de cuisine, "un métier très dur, qui demande des sacrifices comme le judo", cela "fait du bien, car il y a un rythme à suivre". Un travail qui le "fait grandir" et lui paie les allers-retours avec le Havre, où sa famille avait déménagé.

La suite reste à écrire pour le pensionnaire du PSG judo, habitant de Champigny-sur-Marne, à côté de l'Insep. Se voit-il encore premier médaillé tricolore, le 27 juillet à l'Arena Champ de Mars ? "Ca serait une immense fierté, j'accepte ce défi! Mais j'aimerais que quelqu'un d'autre puisse ramener la première médaille, ça en ferait plus pour la France !"

Par Olivier LEVRAULT / Paris (AFP) / © 2024 AFP

L'info en continu
08H
07H
06H
23H
21H
20H
19H
Revenir
au direct

À Suivre
/