Athlétisme: l'été des grands travaux pour Mayer

Trois semaines seulement après l'or mondial, Kevin Mayer doit s'attaquer à un nouveau décathlon aux Championnats d'Europe, lundi et mardi à Munich, un enchaînement inédit et incertain pour lui, habitué à se concentrer sur un seul par saison.

Jewel SAMAD - AFP/Archives

Trois semaines seulement après l'or mondial, Kevin Mayer doit s'attaquer à un nouveau décathlon aux Championnats d'Europe, lundi et mardi à Munich, un enchaînement inédit et incertain pour lui, habitué à se concentrer sur un seul par saison.

Dimanche 24 juillet. Au bout des dix jours des Mondiaux à Eugene, dans le nord-ouest américain, Mayer obtient à 30 ans un deuxième sacre mondial, cinq ans après le premier.

Lundi 15 août. Précisément 22 jours plus tard, le double vice-champion olympique (2016 et 2021) réattaque ses dix travaux en Bavière, en quête d'or européen cette fois.

Comment résoudre l'équation de deux décathlons en trois semaines? Mayer, qui se dit "un peu dans le mal", se décrit comme "un rookie" face à une telle expérience.

"Dans mon esprit, c'est quasiment impossible, mais c'est pour ça que ce sera si beau si je le faisais", résume le décathlonien.

Le lendemain de son deuxième titre mondial, il était "au bout du rouleau". "Le jour d'après, ça allait déjà beaucoup mieux, donc je me suis dit: +Vas-y. Pourquoi pas?+, rembobine-t-il à propos de sa décision de tenter le doublé.

Mais l'euphorie d'être champion du monde cache beaucoup de choses. Ça a été un grand moment pour moi, qui m'a laissé sur mon nuage pendant plus d'une semaine. Dès que c'est descendu, j'ai senti quand même que mon corps avait pris cher."

- "A fleur de peau" -

"Le pire, c'est mentalement, explique le Montpelliérain. Émotionnellement, j'arrive à me transcender pour aller chercher très, très loin physiquement. Je vis le truc à fond et je suis plus à fleur de peau (par rapport à ses concurrents), c'est peut-être ce qui me permet de faire des perfs quand il faut et de réussir à être champion du monde."

Mission accomplie pour Kevin Mayer après la dernière épreuve du décathlon aux Mondiaux de Eugene, le 24 juillet 2022

Mission accomplie pour Kevin Mayer après la dernière épreuve du décathlon aux Mondiaux de Eugene, le 24 juillet 2022

Jim WATSON - AFP/Archives

"Mais c'est à double tranchant: au niveau récupération, je sais que je suis moins bien que les autres décathloniens pendant plus longtemps. Les autres arrivent à enchaîner, moi j'ai plus de mal", poursuit-il.

Comment se sent-il alors physiquement, lui qui était encore tracassé par ses tendons d'Achille peu avant les Mondiaux de Eugene?

"Les tendons vont bien, et c'est une belle victoire", mais une épaule grince depuis "une petite erreur technique" sur le dernier jet au javelot dans l'Oregon, répond Mayer.

"J'ai fait de la rééducation, je pense que je vais pouvoir lancer sans avoir mal mais que je n'aurai droit qu'à un essai", envisage-t-il.

"Après, je sens qu'il y a des tensions de fatigue, c'est général, aux ischio-jambiers, au dos..., énumère encore le double champion du monde. C'est vrai que commencer un décathlon comme ça..."

"Il ne faut pas enterrer Kevin Mayer, estime Romain Barras, le champion d'Europe 2010 du décathlon devenu directeur de la haute performance de la Fédération française d'athlétisme (FFA). On l'a rarement vu dire que tous les voyants sont au vert. C'est Kevin: il monte en stress, il monte en pression, il a besoin de ça pour être performant."

- Marge de points -

"Il a l'habitude de faire très peu de rendez-vous par an, un décathlon. C'est un joli défi. Il sait aussi qu'il a une marge de points (sur la concurrence), ça lui permet de faire deux à trois contre-performances", ajoute l'ancien athlète.

Kevin Mayer affiche son bonheur après avoir remporté le décathlon des Mondiaux de Eugene, le 24 juillet 2022

Kevin Mayer affiche son bonheur après avoir remporté le décathlon des Mondiaux de Eugene, le 24 juillet 2022

Jewel SAMAD - AFP/Archives

Une chose est sûre: Mayer ne prendra "pas le risque" d'hypothéquer les saisons à venir, avec les Mondiaux-2023 à Budapest et, surtout, les JO-2024 à Paris en ligne de mire. "Si je n'ai aucune douleur (...), je ferai le décathlon jusqu'au bout. Mais s'il y a la moindre douleur et un risque que ça puisse me coûter à l'avenir, ça ne vaudra pas le coup, tranche-t-il. Ce n'est que du bonus, il ne faut pas qu'il se transforme en malus pour la suite."

"Il faut juste que j'arrive à être lucide, entre mon envie de terminer ce décathlon et d'en écrire une nouvelle page de l'histoire, et ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre", complète Mayer.

La page de Munich tournée viendra l'heure des vacances auxquelles il "pense toutes les trente minutes" déjà. "Trois à quatre mois" entre Grèce, Nouvelle-Zélande, Hawaï et la Nouvelle-Calédonie.

En attendant, Mayer, qui devait tester son état de forme lors d'une séance de départs dimanche, est attendu dans les starting-blocs du 100 m lundi peu après 10 heures.

Par Elodie SOINARD / Munich (Allemagne) (AFP) / © 2022 AFP