Yves Michaud : "À partir du moment où ça vaut cher, l'artiste est connu, il y a une perte du regard esthétique"

Le philosophe Yves Michaud, auteur de "Ceci n'est pas une tulipe" (éditions Fayard) était l’invité d’André Bercoff, vendredi 28 février sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Yves Michaud invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Tous les touristes qui se sont rendus près du Grand Palais à Paris (8e arrondissement), ont déjà pu apercevoir ce bouquet de supposé tulipes installées par la mairie de Paris et offert par Jeff Koons. Il est censé rendre hommage aux victimes du Bataclan, sauf qu'un détail a marqué Yves Michaud : "d'habitude Jeff Koons emballe ses fleurs dans du cellophane". Alors qu'est-ce que cela peut bien être ? "En fait ça ressemble beaucoup à des trous du cul", s'avance le philosophe.

 

De l'art pornographique ?

C'est une histoire qui s'est déroulée pendant trois années. "Depuis l'offre du cadeau jusqu'à l'inauguration sans que personne ne regarde vraiment les visuels", raconte Yves Michaud. "Comme monument à des victimes c'est cocasse, c'est pas vraiment un bouquet de fleur", remarque-t-il. Alors qu'est-ce qui aurait pu pousser l'artiste américain à offrir un bouquet d'anus à la France en hommage aux victimes des attentats ? "C'est plutôt une manifestation de la suprématie de Koons comme artiste le plus cher du monde", note le philosophe.

 

L'artiste n'en serait pas à son coup d'essai. "On sait que Koons a toujours eu un intérêt très prononcé pour la pornographie, pour lui tout art est sexuel", rapporte Yves Michaud qui y voit une "correspondance avec l'art contemporain financiarisé". "À partir du moment où ça vaut cher, que l'artiste est connu et où c'est plein de bons sentiments, il y a une perte du regard esthétique", déplore-t-il.

Comment choisit-on l'embellissement d'une ville ?

Pour toute sculpture ou œuvre d'art installées sur l'espace public, "on a le principe de la commande publique ou de l'achat publique", explique Yves Michaud. "Là en l'occurrence, on a contourné les procédures normales en détachant deux fonctionnaires de la ville de Paris à la tête d'une association qui s'appelle Fonds pour Paris", remarque-t-il. Une structure sous les airs d'une association "mais qui en fait est privée, avec une majorité d'opérateurs du tourisme, de l'immobilier et du monde de l'art contemporain", note le philosophe. "Ils décident eux-mêmes de ce qui est bon pour Paris", s'indigne-t-il. Pour exemple, c'est cette même association qui a installé la fontaine du rond point des Champs Elysées, pour un coût de 6,5 millions d'euros, en partie financée par le Qatar.

L'auteur du livre aimerait que tout cela soit "plus transparent". Même si les informations sont vérifiables sur internet, peu de personnalités, dont les candidats s'emparent du sujet. Et concernant l'œuvre de Koons, "c'est plus opaque". "Il se peut que ça ait coûté moins cher", avance Yves Michaud qui dénonce "une sorte de privatisation de la décision sur l'espace publique". "C'est lié à un plan de dysneylandisation du centre de Paris pour le tourisme, l'industrie et l'art contemporain de luxe", estime-t-il.

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