Yves de Kerdrel: Blocage des ventes d'armes à la Turquie, "personne n'aurait compris" qu'on fasse des profits sur ce conflit injuste

Editorial économique

Yves de Kerdrel - Sud Radio

En rétorsion à l’offensive de l’armée turque sur la population kurde, Paris a bloqué les ventes d’armes à Ankara. Est-ce une bonne idée ?

Je pense que c’était surtout nécessaire. Personne n’aurait compris que des industriels français fassent des profits sur ce conflit injuste. Alors bien sûr ça ne représente pas des sommes énormes : 45 millions d’euros de ventes d’armes l’an passé et 600 millions en dix ans. Mais la portée symbolique de cet embargo, qui concerne aussi l’Allemagne est important, car la Turquie fait partie comme nous de l’OTAN. Cela signifie qu’au sein-même de cette alliance militaire, dont les turcs sont la deuxième armée, il y a une hostilité qui est clairement affichée. Par ailleurs, la Turquie a perdu tous ses alliés. A commencer par l’Iran, l’Arabie Saoudite, la Russie et même Israël. Et elle est au bord de la faillite. Donc le manque d’armes, surtout de la part d’une armée qui ne soutient pas totalement le Président Erdogan pourrait se révéler utile ?

Vous l’avez dit, cet embargo est utile. Mais est-il suffisant ?

A court terme, certainement pas. Pour sauver les kurdes, il faudrait bien plus que ça et bien plus qu’une admonestation des Nations Unies. Il ne faut pas oublier que les kurdes ont été largement parties prenantes à la coalition occidentale contre l’État Islamique. Et c’est à eux, à leurs soldats et à leur connaissance du terrain que l’on doit la chute de Mossoul. Ce n’est pas un secret qu’une centaine de commandos français des forces spéciales sont toujours présents à leurs côtés. Mais il faut ouvrir les yeux et réaliser que cette Turquie qui ne respecte rien est le Cheval de Troie de l’islamisme en Europe. Et que nous devons l’affaiblir par tous les moyens. Par l’arrêt des ventes d’armes bien sûr. Mais par un embargo total tant que durera cette offensive. Il n’est plus possible pour la France d’avoir deux discours. D’une part de laisser tomber les kurdes qui sont nos alliés. Et de ne pas voir dans la Turquie, qui siège avec nous à l’OTAN, une partie de cet hydre islamiste que dénonçait la semaine passée le Président Macron.