Virginie Jacoberger-Lavoue : "Jair Bolsonaro est un président sans filtre"

Virginie Jacoberger-Lavoue, reporter de guerre, rédactrice en chef (rubrique Art de vivre) chez Valeurs Actuelles, spécialiste de la politique au Brésil, auteure de "Brésil, Voyage au pays de Bolsonaro" (éditions du Rocher) était l’invitée d’André Bercoff, vendredi 22 janvier, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Virginie Jacoberger-Lavoue invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Alors que l'on a appris, ce vendredi matin officiellement, que le carnaval de Rio de Janeiro serait annulé pour la première fois depuis 1923, Virginie Jacoberger-Lavoue nous emmène dans le Brésil du président décrié Jair Bolsonaro, à un an des prochaines élections présidentielles.

Un pays qui était "déjà fracturé"

Elu à la surprise générale à la tête d'un Brésil "déjà fracturé" où la gauche vivait "une déconfiture totale" suite aux affaires de corruption, Jair Bolsonaro a systématiquement été comparé à son homologue américain Donald Trump. S'il existe effectivement des similitudes, comme ses positions "pro-armes, climatosceptique et le soutien des évangélistes", la journaliste précise qu'il existe tout de même "des différences".

Le livre qui tient à dresser le bilan des deux premières années de mandat du président brésilien, montre un Brésil "très différent". "Il n'y a pas de climat de guerre civile au Brésil, tel qu'on peut le voir aux États-Unis", rapporte la rédactrice en chef de Valeurs Actuelles. "Il y a eu un rejet des élites en 2018, comme il y a eu aux États Unis, mais surtout un rejet de la gauche", souligne la journaliste. Une gauche entâchée par les scandales de corruption tout au long des trois mandats de l'ancien président Lula, aujourd'hui "inéligible jusqu'en 2035", rappelle-t-elle.

"Il faut lui reconnaître certaines choses"

Si Jair Bolsonaro est "systématiquement caricaturé", c'est qu'il n'est "pas très difficile d'appuyer sur son côté homophobe, ses déclarations racistes et ses provocations y compris sur sa propre gestion du pays", note Virginie Jacoberger-Lavoue. Le président s'est même dit "inapte" à gérer le pays face à la pandémie du Covid-19. "C'est un président sans-filtre, c'est ce qui plaît aux Brésiliens", ajoute la journaliste.

Aujourd'hui, Bolsonaro est déjà en campagne, à un an des prochaines présidentielles et doit faire face à un contexte de pandémie "assez effroyable", où le Brésil compte plus de 200.000 morts. Il doit compter sur une posture compliquée, qualifiant à la fois cette maladie de "grippette", tout en accusant "des gouverneurs de ne pas avoir eu de politiques favorables pour lutter contre l'épidémie", relaie l'auteure. Malgré tout, le bilan pré-Covid est loin d'être honteux, tout comme pour Donald Trump. "Il faut lui reconnaître certaines choses", admet Virginie Jacoberger-Lavoue qui rappelle que l'actuel président a "écrémé la baronnie de la gauche et ses 39 ministres", mais aussi su s'entourer de personnalités fortes, comme le ministre de la Justice Sérgio Moro, l'homme le plus populaire de l'année et sur un ministre de l'Économie ultra libéral qui a pu conduire avec succès la réforme des retraites sur laquelle bien des présidents ont du mal à ne pas s'y casser les dents. Mais depuis, la pandémie est passé par là, "il a reconnu que le pays était presque en faillite", souligne la journaliste qui note que début 2020, "le Brésil était la 8e puissance mondiale, aujourd'hui il décroche du top 10".

 

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