Violences policières: l'État en fait trop selon les syndicats de police, pas assez pour les proches de Cédric Chouviat

Les policiers encaissent mal l'infléchissement au sommet de l'Etat à propos des violences policières: le ministre de l'Intérieur a insisté sur le devoir d'exemplarité lors de ses vœux à la police nationale, puis le président Macron lui a fait écho ce lundi en réclamant des mesures pour le respect de la déontologie policière. Lâchage, selon les syndicats. Pas suffisant au contraire, pour les proches du livreur mort après son interpellation le 3 janvier: ils ne comprennent pas que les policiers impliqués ne soient pas suspendus, et réclament un moratoire sur les techniques d'immobilisation employées.

Les parents de Cédric Chouviat. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
Reportage Sud Radio de Cyprien Pézeril

 

Emmanuel Macron pointe du doigt les comportement "inacceptables qui ont été vus ou pointés", de la part de certains policiers. "J'attends de nos policiers et gendarmes la plus grande déontologie", lance le chef de l'Etat.  Le président de la République, qui a demandé au ministre de l'Intérieur des "propositions très concrètes" en matière de déontologie policière.
Sauf que Christophe Crépin, porte parole de France Police, ne comprend pas ce qu'entend le Emmanuel Macron:

 

"La police nationale est l'organe le plus contrôlé en France. Par sa hiérarchie, par la justice, par l'inspection générale de la police, le défenseur des droits. Je ne vois pas comment il va pouvoir nous contrôler davantage."

 

Certes Emmanuel Macron reconnait que les forces de l'ordre sont en premier ligne face à une société de plus en plus violente, mais le responsable policier se sent "lâché par l'Etat". Cette reconnaissance de la difficulté du métier semble bien éloignée de la réalité pour Stanislas Gaudon du syndicat Alliance qui rappelle un chiffre: l'augmentation de 15% des blessures de de policiers et gendarmes blessés lors d’agressions, selon le dernier rapport de l'observatoire national de la délinquance. "La haine anti-flics, avant elle pouvait s'exprimer par des insultes. Maintenant, elle s'organise par des actions extrêmement violentes sur le terrain, dans des quartiers sensibles, à l'occasions d'actions de police..."
Les syndicats de police envisagent désormais de mener des actions de contestation.

 

Au contraire: le compte n'y est pas pour les proches du livreur mort le 3 janvier

D'un autre côté, l'incompréhension de la famille de Cédric Chouviat: ce livreur en scooter mort il y a 10 jours lors d'un contrôle de police, alors qu'il était au téléphone au volant. Ses parents, sa femme et son fils ont été reçu mardi midi par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, pendant une heure. Ils ne comprennent pas pourquoi les quatre policiers impliqués dans l'intervention ne font l'objet d'aucune suspension. La semaine passée, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour "homicide involontaire" et l'enquête a été confiée à l'inspection générale de la Police nationale (IGPN). En parallèle, "la police des polices" mène une enquête administrative, toujours en cours.

"On leur a mis un permis de tuer entre les mains, et ce jour là ils s'en sont servi. J'espère qu'ils seront jugés aux Assises, je n'attends que ça" - Les proches de Cédric Chouviat ne comprennent pas, et réclament un procès aux assises pour les quatre policiers, explique sa mère, Fatima Chouviat (au micro de Cyprien Pézeril). 

 

Cédric Chouviat a succombé après un plaquage ventral et d'une clé d'étranglement. Sa famille réclame un moratoire sur ces pratiques d'immobilisation. Pourtant, c'est une méthode nécessaire, selon Denis Jacob du syndicat Alternative police CFDT.

"Nous sommes là aussi pour procéder à des interpellations quand une personne ne respecte pas la loi. Si demain on n'a aucun moyen de maîtriser une personne parce-qu'elle a enfreint la loi, comment on fait. La seule solution serait l'arme de service: je ne pense pas qu'on veuille en France arriver à la même situation qu'aux Etats-Unis" - Denis Jacob du syndicat Alternative police CFDT