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Violences conjugales: déménager pour sauver sa peau

"J'étais incapable de faire quoi que ce soit" : longtemps grande oubliée de la lutte contre les violences faites aux femmes, l'étape du déménagement, cruciale dans le processus de reconstruction, est désormais au coeur de toutes les attentions.

FRED DUFOUR - AFP/Archives

"J'étais incapable de faire quoi que ce soit" : longtemps grande oubliée de la lutte contre les violences faites aux femmes, l'étape du déménagement, cruciale dans le processus de reconstruction, est désormais au coeur de toutes les attentions.

Quand elle quitte son conjoint violent en 2019, Zoulika part avec sa fille de 8 mois dans les bras, laissant tout derrière elle. "Je me suis dit +si je ne pars pas tout de suite, je vais mourir ici+", se souvient la jeune femme de 29 ans.

Logée temporairement à l'hôtel via le 115, elle finit par retrouver un logement pérenne et revient à son ancien domicile pour récupérer ses affaires - des meubles, les jouets de sa fille, des vêtements - avec l'aide de l'association Une voix pour elles.

"Je n'aurais pas pu y arriver sans eux, ils ont tout géré de A à Z", affirme-t-elle. "Ca m'a permis de tourner la page et de me dire que je ne reviendrais pas en arrière".

Basée dans les Alpes-Maritimes, Une voix pour elles a posé en 2021 les jalons de ce qui est devenu à l'automne 2023 un réseau national d'entraide qui permet aux femmes victimes de violences conjugales de bénéficier gratuitement d'un déménagement et d'un entreposage de leurs affaires personnelles.

"Cet aspect a longtemps été une zone blanche, qui n'était prise en charge ni par l'Etat ni par les associations, or cette étape est cruciale", explique Loëtitia Mas, la co-fondatrice de l'association, rappelant le chiffre de 6 départs infructueux avant qu'une femme victime ne réussisse à quitter définitivement son conjoint violent.

"La femme doit pouvoir se dire qu'elle va être accompagnée, il faut qu'elle puisse suffisamment se projeter pour franchir le pas et ne pas rester au domicile avec son conjoint violent pour des raisons logistiques ou économiques", ajoute-t-elle.

"Ce qu'on offre, c’est un petit coup de pouce ponctuel mais qui permet de s’extraire du foyer violent ou du foyer temporaire pour aller vers la reconstruction", abonde Maïlys Genoux, de l'association Solimove, qui opère à Paris.

- Sécuriser l'espace -

A l'heure actuelle, le réseau national d'entraide "Elles déménagent", qui est chapeauté par la Fondation des femmes, affiche à son compteur plus de 300 déménagements pour l'année 2023.

Dans ses rangs, six associations réparties sur le territoire : Une Voix Pour Elles (Alpes-Maritimes), Ça déménage (Isère), Premier Pas (Hauts-de-Seine), Solimove à Paris, l’atelier Remuménage (Nouvelle Aquitaine) et le Collectif pour l’élimination des violences intrafamiliales à La Réunion (CEVIF).

Un réseau national d'entraide permet aux femmes victimes de violences conjugales de bénéficier gratuitement d'un déménagement et d'un entreposage de leurs affaires personnelles

Un réseau national d'entraide permet aux femmes victimes de violences conjugales de bénéficier gratuitement d'un déménagement et d'un entreposage de leurs affaires personnelles

LOIC VENANCE - AFP/Archives

A chaque fois, le même modus operandi. "Les associations sont sollicitées par les acteurs de terrain pour organiser le déménagement d'une personne qui, soit a quitté le domicile conjugal, soit se prépare à le faire", explique Laura Slimani, directrice du pôle projets de la Fondation des femmes.

"Elles évaluent la situation en terme de sécurité, de stockage, elles fixent une date. Si le conjoint est dans les parages, elles mobilisent les forces de l'ordre qui sécurisent l'espace".

"Lors du déménagement, il y a une forme de renversement qui s'opère entre la femme et son ex-conjoint : elle montre qu'elle est autonome, qu'elle prend ses affaires et qu'elle part", souligne-t-elle. "C'est un moment où il peut y avoir de la décompensation, c'est aussi potentiellement revivre des traumas, d'où l'importance de la présence humaine".

Après avoir vécu des années "dans la terreur" et sous les coups de son conjoint, Célia a fini par franchir cette étape. "C'était beaucoup à gérer émotionnellement parce qu'on ferme vraiment la porte", déclare la jeune femme de 36 ans. "En fermant la porte, on laisse derrière la souffrance mais on a appris à vivre avec cette souffrance".

"Pendant que les membres de l'association étaient en train de déplacer mes cartons, moi j'étais en pleurs, c'était quelque chose de très dur", se souvient-elle. "Elles me disaient +c'est une nouvelle étape+, mais je n’en avais pas encore conscience. Je commence à peine à la réaliser maintenant et je sais que le chemin est encore long".

Par Marine PENNETIER / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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