Vacances d’été en Corse et coronavirus : "il faudra que les flux soient régulés"

Antoine Grisoni, médecin généraliste à Solenzara en Corse-du-Sud, président de l’URPS Médecins libéraux de Corse était interviewé dans "le coup de fil du matin" sur Sud Radio le 20 Mai. "Le coup de fil du matin" est diffusé tous les jours à 7h12 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

La plage déserte de Mar e Sol à Porticcio en Corse, le 5 avril 2020 (Pascal Pochard-CASABIANCA - AFP/Archives)

Dans une tribune commune, des soignants corses appellent à une "régulation des flux" de touristes cet été, et s’inquiètent d’une arrivée massive. Au total, une cinquantaine de médecins, pharmaciens, infirmiers du public comme du privé, a cosigné une tribune « Au nom de la sécurité de chacun d’entre vous ». Quel est leur message ?

 

La crainte d'une épidémie impossible à contenir

"Il est fondamental de proposer des solutions pour la régulation sanitaire des flux des personnes qui arriveront en Corse ou en partiront, explique cette tribune. En l'état actuel de la pandémie, l'arrivée non contrôlée de plusieurs dizaines de milliers de voyageurs mettrait à mal notre capacité de soins, en termes humains et en termes de ressources matérielles. Nos soignants sont épuisés et notre nombre de lits limité. Cet afflux massif de population pourrait aussi conduire à un rebond de l'épidémie qui pourrait avoir des conséquences dramatiques aussi bien pour les estivants que pour la population résidente." Ces soignants disent-ils aux continentaux de ne pas venir sur l’Ile de Beauté cet été ? "Non, on dit surtout aux autorités locales et nationales de faire en sorte que les flux soient régulés, explique Antoine Grisoni, médecin généraliste à Solenzara en Corse-du-Sud, président de l’URPS Médecins libéraux de Corse. De manière à ce que nous, au niveau des soins, nous puissions nous adapter en cas de reprise d’épidémie."

"Habituellement la Corse, c’est environ dix millions de nuitées entre avril et septembre, et nous sommes un territoire de 335.000 habitants avec des moyens sanitaires limités, pas extensibles, détaille le Dr Grisoni. Nous craignons beaucoup qu’un afflux massif dépasse nos capacités si l’épidémie revient. Ce qui est sûr, c’est que si une épidémie du même genre que celle qui a démarré en mars revient avec une population qui a doublé ou triplé, on ne sera pas en mesure de la contenir. Cela mettrait en péril l’aspect touristique de l’île de manière prolongée."

 

Sauver ce qui peut l'être de la saison

Quelle est la situation dans les hôpitaux de Corse ? "Actuellement, c’est un peu le calme comme dans beaucoup de zones du territoire français. Les services de réanimation ne contiennent pratiquement plus de patients Covid. Nous n’avons plus de cas positifs au travers des tests que nous faisons chaque jour, mais nous savons que c’est fragile. Avec l’arrivée de cas d’importation, tout peut repartir. Nous voudrions faire en sorte que la Corse soit une destination la plus sûre possible, mais le risque zéro n’existe." Pourtant, à Marseille, Didier Raoult dit que l’épidémie se tarit. "Je ne suis pas virologue, mais médecin de terrain, souligne le président de l’URPS Médecins libéraux de Corse. Nous nous sommes organisés de manière très contraignante, et fatigante, pour recevoir des patients suspects voire malades. On sait que la situation actuelle va nous imposer de continuer au moins tout l’été. À partir de là, il nous faut des preuves de ce qu’il affirme. Sur le plan mondial, personne n’est aussi tranché, et ce qu’il dit est toujours controversé."

Pour autant, les professionnels du tourisme attendent l’été avec beaucoup d’impatience. "C’est un peu la difficulté de l’équation, reconnaît le Dr Grisoni. La saison aurait déjà dû commencer, et les problèmes sociaux et économiques sont déjà là. Il faut que l’on arrive à trouver ensemble un moyen terme permettant à la fois de sauver ce qui peut l’être de la saison, sans faire prendre un risque exagéré à la population locale et aux personnes qui viennent nous voir. D’autant que ce serait dans un contexte de vacances, avec des difficultés pour faire respecter les mesures barrières. Que la saison se passe de la même manière que d’habitude ne sera pas possible. Il faudra peut-être demander à l’Etat de compenser le manque gagner au moins cette année."

 

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