Une enquête interne révèle des abus sexuels commis par Jean Vanier, fondateur de l'Arche

L'Arche, une organisation qui accueille dans le monde entier des personnes ayant une déficience intellectuelle, a dévoilé samedi une enquête interne dans laquelle son fondateur canadien Jean Vanier, décédé en 2019, est accusé d'abus sexuels sur plusieurs femmes.

Tiziana FABI - AFP/Archives

L'Arche, une organisation qui accueille dans le monde entier des personnes ayant une déficience intellectuelle, a dévoilé samedi une enquête interne dans laquelle son fondateur canadien Jean Vanier, décédé en 2019, est accusé d'abus sexuels sur plusieurs femmes.

Cette enquête a permis de recueillir les témoignages "sincères et concordants portant sur la période 1970-2005" de six femmes adultes, non handicapées, avec lesquelles Jean Vanier "a initié des relations sexuelles, généralement dans le cadre d'un accompagnement spirituel, et dont certaines ont gardé de profondes blessures", explique l'Arche internationale dans un communiqué.

Les investigations, menées par un organisme indépendant, n'ont pas identifié de personnes handicapées parmi les victimes, est-il précisé.

"Ces agissements indiquent une emprise psychologique et spirituelle de Jean Vanier sur ces femmes et soulignent son adhésion à certaines des théories et pratiques déviantes du père Thomas Philippe", ajoute l'Arche.

Le dominicain Thomas Philippe, père spirituel de Jean Vanier et figure encombrante de l'Arche, a été soupçonné d'agressions sexuelles sur des femmes.

"Nous sommes bouleversés par ces découvertes et nous condamnons sans réserve ces agissements en totale contradiction avec les valeurs que Jean Vanier revendiquait par ailleurs", ont écrit les responsables de l'Arche Internationale, Stephan Posner et Stacy Cates Carney, dans une lettre adressée aux membres de l'organisation.

"Nous voulons dire aussi notre gratitude aux femmes qui, il y a quelques années, ont brisé ce silence au sujet du père Thomas Philippe et ont ainsi aidé d'autres à se libérer d'un fardeau injuste de honte et de peine", ont-ils ajouté, leur demandant "pardon".

Selon une synthèse de l'enquête publiée par L'Arche, "plusieurs des femmes ont déclaré qu'elles étaient vulnérables à l'époque et que Jean Vanier en était conscient".

Vulnérables "parfois à cause d'un passé familial difficile, ou bien parce qu'elles étaient en recherche d'une figure paternelle, ou d'admiration et de reconnaissance, ou qu'elles cherchaient une direction spirituelle".

"Ce n'est pas nous, c'est Marie et Jésus. Tu es choisie, tu es spéciale, c'est un secret", disait-il, selon des témoignages rapportés dans cette synthèse. "Jésus et moi, ce ne sont pas deux, mais nous sommes un. (…..) C'est Jésus qui t'aime à travers moi".

"J'étais comme figée", a relaté l'une des femmes. "Je réalisais que Jean Vanier était adoré par des centaines de personnes, comme un Saint vivant, qu'il parlait de son soutien aux victimes d'abus sexuel, ça avait l'air d'un camouflage et j'ai trouvé difficile de soulever la question".

La Conférence des évêques de France a fait part de sa "stupeur" et de sa "douleur" devant ces révélations, assurant de sa "compassion les femmes qui ont été ainsi abusées", ainsi que de sa "détermination à agir pour que la lumière soit faite".

L'Arche, dont le siège international est à Paris, est une fédération d'associations qui anime 154 lieux dans 38 pays où des personnes handicapées mentales vivent - spécificité de ces communautés - avec leurs accompagnants, salariés ou volontaires.

AFP / Paris (AFP) / © 2020 AFP