Transports, stations-services, télétravail... La France se prépare à la journée de grève

Sur les rails, les prévisions annoncent un trafic encore plus restreint que lors des grèves contre la réforme de la SNCF en 2018. Ceux qui ne peuvent télé-travailler vont tenter de se débrouiller avec les moyens du bord ou prendre leur journée, tandis que des stations service commencent à être à sec du fait des blocages de dépôts pétroliers.

Des camions citerne attendent le début de la livraison de gasoil devant un dépot pétrolier d'Ajaccio lors d'une grève sur les terminaux pétroliers de Fos-Lavera en 2010. (Photo d'illustration, STEPHAN AGOSTINI / AFP)

La grève nationale dans les transports s'annonce très suivie, avec des conséquences si vous prenez le train. Un TGV, un Intercités et un Transilien sur dix, un TER sur cinq.  La SNCF recommande à ses usagers de reporter ou d'annuler leurs déplacements... Un mouvement qui risque de durer: plus de quatre Français sur cinq s’attendent à ce que les grévistes pénalisent leur quotidien pendant longtemps. Face à la grève, les employés tentent de s'organiser.

Reportage Sud Radio de Grâce Leplat

Les plus chanceux brandissent le même joker: "Télétravail".  Mais cette solution ne convient pas à toutes les entreprises. Pour Antoine Mesnard, spécialiste des relations de travail, il faut être créatif…

"On peut déterminer des RTT en commun, des congés en commun, décaler les horaires. Quand j'étais DRH, on avait mis en place des bus qui passaient prendre les gens chez eux".

Mais si la grève dure? Paul Mollet habite à Lille et travaille à Paris. SNCF, RATP... Il est doublement inquiet… "Pour la fin de semaine, tout le monde a à peu près prévu comment faire et quoi faire. Mais si ça devait continuer lundi, là ça deviendrait très compliqué. La SNCF donne encore des informations comme quoi les trains roulent lundi. On a envie d'y croire" Les syndicats des cheminots annoncent reconduire le préavis de grève toutes les 24 heures. Difficile donc d’anticiper pour les usagers.

 

Certains sont solidaires, d'autres endurent

Et la plupart ont dû se réorganiser en prévision de cette période de grève qui s'annonce mouvementée. Si certains tolèrent ces désagréments, d'autres se sentent pris en otage.

Reportage Sud Radio de Mathilde Jullien

 

Guy, retraité, habite à Béziers et se déplace régulièrement à Paris. Il a du bouleverser son organisation, mais sans rancœur. Il comprend le mouvement, car lui aussi s’inquiète de la nature de la réforme des retraites: "J'ai modifié mes dates, car je suis tout à fait d'accord avec le mouvement. La réforme des retraites n'est pas assez expliquée".
Tout autre son de cloche du côté de Salva, scandalisé. Impossible pour lui de travailler:"Les usagers payent toujours. Nous, on doit bosser. C'est mon argent en moins et c'est dégueulasse, c'est un scandale. La retraite, c'est égalité pour tout le monde: privé et public. Y'a pas de raison que les gens du public soient mieux lotis". Matthieu aussi se sent pris en otage. "J'ai décalé mes trajets. je pense qu'on peut parler de prise d'otage, par des gens relativement privilégiés sur les retraites". Mais il reste positif:
"Tant qu'on est prévenus en amont, on peut se réorganiser. Si ça dure on verra, on s'adaptera"
S’adapter sera le maître mot des usagers pendant cette grève reconductible, la mobilisation sera plus forte qu'en 2018 pendant la grève des cheminots. La SNCF recommande fortement aux usager de reporter ou d'annuler leurs déplacements prévus entre le 5 et le 8 décembre. Les prévisions pour le lendemain seront affichées en ligne dès 17h
-> Prévisions SNCF pour le 5 décembre:
  • Un TGV sur dix (aucun TGV intersecteur, c'est à dire aucune des liaisons TGV assurées, parmi celles qui ne passent pas par Paris.)
  • Un Intercités sur dix ;
  • Un Transilien sur dix ;
  • Un TER sur cinq (Aucun TER en Occitanie ou en Bretagne, avec des autocars de substitution pour assurer environ un quart des liaisons habituelles) ;
  • La moitié des Eurostar, un Thalys sur trois au départ.
  • Métro parisien: seuls deux lignes, (1 et 14) circuleront normalement... Mais avec un risque de saturation !
  • Air France: 30% des vols domestiques annulés demain, tout comme 15% des moyens-courriers.

 

Station service: la peur de la panne sèche

Coup de chaud aussi sur les pompes. A la veille de cette journée de grève, quelques 200 stations service n’ont plus une goutte de carburant. Principalement dans l’Ouest où les blocages des dépôts pétroliers se sont multipliés. Dans le reste du pays comme en Ile-de-France et dans la région Marseillaise c’est la ruée des automobilistes qui provoquent des pénuries. L’Union Française des Industries Pétrolières note d’ailleurs une surfréquentation de 20 % à 30 % des pompes à essence sur tout le territoire. Et pour ne rien arranger la CGT des raffineries de Total et des dépôts de carburants prés de Marseille appellent à la grève dès ce mercredi soir.
Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

 

La grève commence dès ce jeudi soir  minuit et au moins jusqu’à lundi dans cette raffinerie Total de la Mède. De Nice à Montpellier c’est toute les stations-services du groupe  et certains supermarchés qui ne seront plus réapprovisionnées.  Pour Frédéric Cros, le délégué CGT, "ils risquent de manquer de carburant, de gazole rapidement. La chaîne étant tellement courte et rationalisée, deux-trois jours de blocages ont des conséquences assez importates et durables".

Et dans cette raffinerie qui abrite un des plus gros dépôts de carburant de France c’est la CGT qui est majoritaire et ses élus sentent que les salariés sont très remontés contre cette reforme des retraites.

"Ils veulent pas faire grève deux jours, ils veulent aller au bout, au retrait de la loi !"

Ce qui ne va pas arranger la situation dans les stations services prise d’assaut. Certaines sont déjà à sec, et les autres connaissent une sur-fréquention comme ici à Marseille, où les automobilistes viennent par anticipation, "on se croirait presque en guerre", commente l'une d'eux. La CGT  a également déposé un préavis de grève de 24h pour jeudi dans les dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer. Ils alimentent la moitié du pays.