Tariq Ramadan acquitté en Suisse de l'accusation de viol

Le prédicateur musulman Tariq Ramadan a été acquitté mercredi de l'accusation de viol et contrainte sexuelle par un tribunal genevois qui a jugé qu'il n'y avait pas de preuve contre lui dans cette affaire remontant à 2008.

Fabrice COFFRINI - AFP

Le prédicateur musulman Tariq Ramadan a été acquitté mercredi de l'accusation de viol et contrainte sexuelle par un tribunal genevois qui a jugé qu'il n'y avait pas de preuve contre lui dans cette affaire remontant à 2008.

Il s'agissait du premier procès pour viol contre Tariq Ramadan, âgé de 60 ans. Il est menacé d'un procès en France pour des faits similaires.

Dans le dossier suisse, le procureur avait requis trois ans de prison dont la moitié ferme. Mais "le doute devant profiter à l'accusé, Tariq Ramadan devra donc être acquitté", a conclu le président du Tribunal correctionnel de Genève, Yves Maurer-Cecchini, faisant valoir l'absence de preuves, les témoignages contradictoires, y compris des psychiatres, et les "messages d'amour" envoyés par la plaignante après les faits.

Le tribunal a décidé de l'indemniser pour ses frais d'avocats, à hauteur de 151.000 francs suisses (environ 154.400 euros), mais a rejetté sa demande d'indemnité pour tort moral.

Les avocats de la plaignante, 57 ans, convertie à l'islam, ont annoncé faire appel. "Cette décision profondément injuste est le reflet d'une audience caricaturale d'où la dignité était absente et où la parole de ma cliente n'a été ni entendue ni respectée", a réagi auprès de l'AFP Me François Zimeray.

Tariq Ramadan a quitté le tribunal entouré de ses proches, souriant, mais sans faire de commentaire. "Ce verdict n'est ni un coup de tête, ni un coup de coeur, c'est un verdict inspiré de raison", a déclaré son avocate suisse, Me Yaël Hayat.

"Trop d'invraisemblances et de contradictions ont conduit à un acquittement parfaitement logique en fait et en droit", a également indiqué à l'AFP l'avocat français de Tariq Ramadan, Me Philippe Ohayon.

- Soirée "mal vécue" -

La plaignante se fait appelé "Brigitte" pour raisons de sécurité, arrive avec ses avocats au tribunal de Genève pour le procès de Tariq Ramadan, le 15 mai 2023

Fabrice COFFRINI - AFP

Dans cette affaire, les deux protagonistes s'accordent à dire qu'ils ont passé la nuit ensemble dans la chambre de l'hôtel, qu'elle a quitté tôt le matin pour rentrer à son domicile.

Selon la plaignante, qui se fait appeler "Brigitte" pour se protéger des menaces, l'islamologue l'a soumise à des actes sexuels brutaux accompagnés de coups et d'insultes dans la chambre de l'hôtel genevois où il séjournait, la nuit du 28 octobre 2008. Elle avait porté plainte dix ans après les faits.

Mais Tariq Ramadan figure charismatique et contestée de l'islam européen, nie tout acte sexuel. Il dit s'être laissé embrasser avant de mettre rapidement fin à l'échange.

Dans ses conclusions, le tribunal a retenu que le récit de la plaignante était "globalement constant et détaillé" mais a estimé qu'il n'était toutefois corroboré "par aucun élément matériel, tel que des traces de sperme ou de sang, des images de vidéosurveillance de l'hôtel ou des constats de lésions traumatiques ou de violences gynécologiques".

"Il ne fait aucun doute que la plaignante a mal vécu la soirée", a relevé le président du tribunal, mais "l'existence de ce stress (...) ne permet pas de confirmer la matérialité des faits dénoncés".

Docteur de l'université de Genève, où il a écrit une thèse sur le fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans qui était son grand-père, Tariq Ramadan a été professeur d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford, au Royaume-Uni, et invité de nombreuses universités au Maroc, en Malaisie, au Japon ou au Qatar.

En France, il est soupçonné de viols commis entre 2009 et 2016 sur quatre femmes, une affaire qui a déclenché sa chute en 2017. Le parquet de Paris a requis en juillet son renvoi devant une cour d'assises et il appartient aux juges d'instruction d'ordonner un procès ou pas.

Interrogée sur un éventuel impact de la procédure genevoise sur le dossier français, son avocate suisse, Me Hayat, a souligné : "Nous espérons simplement que ce verdict aura une résonance et que ceux qui détournent les prétoires à d'autres fins pour servir d'autres ambitions doivent savoir qu'un jour peut-être ils rendront des comptes devant le tribunal de la conscience".

Par Agnès PEDRERO / Genève (AFP) / © 2023 AFP


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