Supporter corse éborgné: face aux assises, le policier conteste toute "violence volontaire"

Il conteste les "violences volontaires": le policier accusé d'avoir éborgné un supporter bastiais d'un coup de matraque après un match à Reims en 2016 a maintenu mardi aux assises la version selon laquelle il a agi de manière proportionnée, obéissant à des ordres.

LOIC VENANCE - AFP/Archives

Il conteste les "violences volontaires": le policier accusé d'avoir éborgné un supporter bastiais d'un coup de matraque après un match à Reims en 2016 a maintenu mardi aux assises la version selon laquelle il a agi de manière proportionnée, obéissant à des ordres.

"Je conteste les faits", a déclaré l'accusé mardi, au premier jour de son procès devant la cour d'assises de la Marne.

A une question de la présidente lui demandant s'il s'en tenait à sa position "évoquée dans la procédure", il a répondu d'un simple "oui", d'une voix calme, sans s'étendre davantage.

Âgé de 50 ans, il avait fini par reconnaître pendant l'enquête que la blessure de la victime, Maxime Beux, avait été causée par son coup de matraque lors d’échauffourées avec les policiers en centre-ville après le match.

Mais il avait ajouté avoir agi "en exécution d'un ordre", étant ce jour-là chargé de patrouiller en centre-ville pour "interpeller les personnes troublant l'ordre public".

Selon l'enquête, le supporter aurait donné un coup de pied dans la voiture du policier. Celui-ci, alors membre de la BAC (brigade anti-criminalité) rémoise, l'aurait alors rattrapé et envoyé un coup de bâton télescopique.

Jugé pour avoir "volontairement commis des violences" avec usage ou menace d'une arme suivies de "mutilation ou infirmité permanente", l'accusé, désormais policier dans un commissariat de quartier à Reims, encourt 15 ans de réclusion criminelle.

- Pas "forcément" coupable -

"Ce n’est pas parce qu’il a donné un coup de matraque qu’il est forcément coupable du crime qu’on lui reproche", a voulu nuancer son avocat, Me Nicolas Brazy, interrogé par l'AFP en marge de l'audience.

Il s'attend avant tout à "un débat juridique" devant la cour d'assises sur "l’utilisation des armes" par les forces de police. On peut "commettre des faits sans en être coupable", dit-il.

Sourcils froncés, bras croisés sur le banc des accusés, l'accusé a écouté mardi, impassible, le témoignage du responsable de l'enquête de l’IGPN sur son cas.

Sur une des vidéos exploitées, retransmise à l'audience, on le voit "descendre du véhicule" de la BAC et "faire un geste" correspondant "à la sortie d’un bâton télescopique", commente l'enquêteur.

Puis, il se lance "à la poursuite de deux individus" dans le centre de Reims. L'une des personnes poursuivies "marque un coup d'arrêt" et "porte une main au niveau de sa tête", ce qui pourrait correspondre à la victime, rapporte-t-il. "Entre le moment où le policier sort du véhicule et celui où la victime se tient la tête, il se passe entre 12 et 14 secondes."

- "Très angoissé" -

La présidente lui demande le nombre de policiers et de supporters sur les lieux. "Seize supporters" et "plusieurs équipages" de police, répond l'enquêteur. "Ca fait 22 fonctionnaires de police", précise la présidente.

Pour expliquer la blessure de la victime, l'enquête de l'IGPN exclut une chute sur un poteau après un coup de matraque à l'épaule, première version donnée par le policier, ainsi qu'un tir de LDB (lanceur de balles de défense NDLR). L'hypothèse privilégiée est "un coup de bâton télescopique dans l’œil".

"Dans quelles circonstances un policier peut faire l’usage d’une arme ?", demande la présidente à l'enquêteur de l'IGPN. "En cas de légitime défense" et "avec une notion de stricte de proportionnalité", répond-il.

"Estimez-vous qu’une personne qui porte un coup sur un véhicule de police représente une forme de dangerosité ?", lui demande l'avocat général. "Non", tranche-t-il.

La victime, Maxime Beux, 28 ans, a confié avant l'audience à la presse se sentir "très mal, très angoissé". C'est "une épreuve de devoir me replonger et de revivre ce moment", a-t-il poursuivi, en chemise blanche, derrière des lunettes légèrement teintées.

"Ce que j’ai perdu ce soir-là, je ne le retrouverai pas", a-t-il ajouté, se disant cependant "satisfait" que l'affaire soit "arrivée jusqu’aux assises". Il attend une "condamnation pénale de celui qui est responsable".

Verdict vendredi.

Par Zoé LEROY et Catherine DAUDENHAN / Reims (AFP) / © 2022 AFP