Sous-marins: fureur en France contre Canberra et Washington

"Coup dans le dos", "brutalité", "déloyauté"... la fureur était palpable jeudi en France après la rupture par l'Australie d'un juteux contrat de sous-marins avec Paris, au profit d'un pacte stratégique et commercial avec Washington et Londres.

BRENDAN ESPOSITO - POOL/AFP/Archives

"Coup dans le dos", "brutalité", "déloyauté"... la fureur était palpable jeudi en France après la rupture par l'Australie d'un juteux contrat de sous-marins avec Paris, au profit d'un pacte stratégique et commercial avec Washington et Londres.

"C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos", s'est indigné le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur la radio France Info, se disant "en colère, avec beaucoup d'amertume".

"Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance. Cette confiance est trahie", a lancé le ministre, qui avait conclu le "contrat du siècle" sur les sous-marins lorsqu'il était ministre de la Défense.

Au même moment, la ministre des Armées Florence Parly déplorait sur RFI "une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée" et une décision "grave" en matière de politique internationale.

Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé jeudi la rupture de ce gigantesque contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros, sur toute la longueur) conclu en 2016 avec la France pour la fourniture de sous-marins conventionnels.

Canberra a préféré conclure un partenariat stratégique avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne comprenant notamment la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire par Washington.

Les deux ministres français n'ont pas mâché leurs mots vis-à-vis du président américain Joe Biden, accusé de piétiner ses alliés.

"Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump", l'ancien président américain, a déclaré M. Le Drian.

Le Premier ministre australien Scott Morrison (C) le 11 février 2019 à Canberra au côté de la ministre française des Armées Florence Parly (D)

Le Premier ministre australien Scott Morrison (C) le 11 février 2019 à Canberra au côté de la ministre française des Armées Florence Parly (D)

JAY CRONAN - AUSTRALIA DEPARTMENT OF DEFENCE/AFP/Archives

"On a appris brutalement par une déclaration du président Biden que voilà, le contrat qui était passé entre la France et les Australiens s'arrête, et puis les Etats-Unis vont proposer une offre nucléaire, dont on ne connaît pas le contenu, aux Australiens", a pointé Jean-Yves Le Drian.

"Cela ne se fait pas entre alliés (..) Nous parlions de tout cela avec les Etats-Unis il y a peu de temps et là, voilà cette rupture. C'est assez insupportable", a-t-il martelé.

- "Coup de Trafalgar" -

"Nous sommes lucides sur la manière dont les Etats-Unis considèrent leurs alliés et leurs partenaires", a pour sa part estimé Mme Parly.

Le camouflet a aussi suscité la colère des parlementaires français, qui ont dénoncé "un coup de Trafalgar de la part pays alliés".

Des ouvriers du groupe industriel français Naval Group à  Cherbourg-Octeville (Manche) le 9 juillet 2017

Des ouvriers du groupe industriel français Naval Group à Cherbourg-Octeville (Manche) le 9 juillet 2017

CHARLY TRIBALLEAU - AFP/Archives

Le Sénat s'est ainsi interrogé sur "la nature exacte" de la relation entre Paris et Washington.

"Nous allons devoir nous interroger sur l’attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux", a déclaré Christian Cambon, le président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat.

Les sénateurs s'inquiètent également de la vente à un pays non doté de l'arme nucléaire de sous-marins à propulsion nucléaire.

Cela "n'a pas de précédent", "les Etats-Unis et le Royaume-Uni changent les règles du jeu", selon le communiqué du Sénat.

De son côté, la présidente de la commission de la défense de l'Assemblée nationale, Françoise Dumas, a fustigé le "caractère inamical, voire déloyal" de la décision australienne, et "une remise en cause incompréhensible d’un partenariat stratégique d’ampleur".

Le français Naval Group avait été sélectionné par Canberra pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire) dérivés des futurs sous-marins nucléaires français Barracuda.

Interrogée sur la question d'éventuelles compensations, Mme Parly a répondu: "nous allons étudier toutes les voies" et tenter de "limiter le plus possibles les conséquences pour Naval Group".

"Il va falloir des clarifications. Nous avons des contrats. Il faut que les Australiens nous disent comment ils s'en sortent", a renchéri Jean-Yves Le Drian en réclamant des "explications" à l'Australie comme à Washington.

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