Soupçonné d'avoir floué son association, Botton retourne au tribunal

Après 20 mois de détention dans les années 1990, l'ex-homme d'affaires Pierre Botton s'était engagé pour "changer la prison". Mercredi, il retourne devant un tribunal, soupçonné d'avoir détourné l'argent de son association de lutte contre la récidive.

BERTRAND GUAY - AFP/Archives

Après 20 mois de détention dans les années 1990, l'ex-homme d'affaires Pierre Botton s'était engagé pour "changer la prison". Mercredi, il retourne devant un tribunal, soupçonné d'avoir détourné l'argent de son association de lutte contre la récidive.

Cet homme de 64 ans, qui conteste "formellement" les faits reprochés, doit comparaître notamment pour abus de confiance, abus de biens sociaux et escroquerie.

L'ancienne présidente de l'association et ex-femme de Pierre Botton, Anne-Valérie Noir, est jugée pour abus de confiance.

Photographie prise le 22 juillet 2010 d'une cellule de la maison d'arrêt de Nanterre où était intervenue l'association de Pierre Botton, les "Prisons du coeur"

MIGUEL MEDINA - AFP/Archives

Ancien homme d'affaires, Pierre Botton a été au cœur d'une retentissante affaire politico-financière au cours de la dernière décennie du XXe siècle. Il est alors le gendre et ex-directeur de campagne de Michel Noir, ministre RPR puis maire de Lyon.

En 1996, il est condamné en appel à 5 ans de prison dont 18 mois avec sursis pour abus de biens sociaux. Il passera 602 jours en prison.

Quelques années plus tard, il fonde une association - "Prisons du cœur" qui deviendra "Ensemble contre la récidive" - visant à améliorer les conditions de détention des condamnés à des peines de moins de cinq ans, hors crimes sexuels et crimes de sang.

"La prison a sauvé ma vie", déclare-t-il en 2011. "J'étais en train de me perdre, je n'avais qu'une valeur: réussir, être riche. J'aimerais aider un certain nombre de détenus à ne pas se perdre, à réussir leur vie."

Pierre Botton visite la maison d'arrêt de Nanterre le 12 avril 2010, dans le cadre d'une mission confiée par le gouvernement pour "diminuer le choc carcéral"

BERTRAND GUAY - AFP/Archives

Des groupes comme Axa, Vinci ou Schneider deviennent mécènes ; Michel Drucker ou Yannick Noah notamment participent à ses campagnes et M. Botton devient un interlocuteur des pouvoirs publics.

La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie lui confie en 2010 une mission visant à atténuer le "choc carcéral" pour les détenus arrivant en prison. En 2012, il tente de lancer une prison expérimentale "sans grillage ni barbelé" dans le Jura ; c'est finalement un "centre de réinsertion" pilote qui ouvre en Isère.

Mais en janvier 2017, à la suite d'un signalement du service antiblanchiment du ministère des Finances, Tracfin, une enquête préliminaire est ouverte. Et en mai 2019, M. Botton est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris.

- "Enquête à charge" -

Une dizaine d'infractions lui sont reprochées, qui concernent l'association (aujourd'hui dissoute) et trois sociétés, selon des sources concordantes.

La société de M. Botton, baptisée "Au centre des projets", facturait des prestations de services à l'association, liées aux actions menées dans les prisons. Or, elles représentaient "54 à 61%" de la totalité des dons (privés) reçus par l'association, selon les enquêteurs.

Au sein de cette société, M. Botton est soupçonné d'avoir, entre 2013 et 2017, fait passer des dépenses personnelles pour des dépenses professionnelles: loyers et travaux dans une villa à Cannes et dans son logement parisien, voyages, frais de restauration et d'hôtellerie de luxe...

Des mouvements de fonds au sein d'une autre société de droit suisse et dans une société civile immobilière (SCI) sont aussi en cause. Les montants se chiffrent en centaines de milliers d'euros.

M. Botton est par ailleurs renvoyé devant le tribunal pour une facture de 515.619 euros, qui aurait été présentée indûment à l'association en 2014.

Cette facture devait initialement être réglée par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) mais n'a "jamais" été payée, a insisté auprès de l'AFP l'avocat de M. Botton.

En 2016, un contrôle fiscal a validé "95%" des dépenses concernées, a affirmé Me Jérôme-Marc Bertrand, assurant que les frais imputés étaient bel et bien liés à des activités professionnelles.

Il a regretté que l'enquête soit restée entre les mains du parquet et qu'une instruction n'ait pas été ouverte. "On a une enquête à charge du début à la fin, qui n'interroge pas les bonnes personnes, qui n'étudie pas les bonnes factures et surtout, qui garde des œillères jusqu'au bout."

L'avocate de Mme Noir, Me Odile Garlin-Ferrard, a également déploré que le dossier n'ait pas été confié à un juge et que des confrontations n'aient pas été organisées.

Le procès doit se tenir sur quatre demi-journées, les 26 février, 2, 3 et 4 mars.

Par Anne LEC'HVIEN / Paris (AFP) / © 2020 AFP