Selon Christophe Gatineau, agronome, on ne veut pas sauver les abeilles !

Christophe Gatineau, un agronome spécialisé en agriculture innovante, agro-écologie et permaculture, auteur du blog "Le jardin vivant" et du livre Éloge de l’abeille, quand les insectes ont le bourdon (Flammarion), était l’invité d’André Bercoff, lundi 20 mai, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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Christophe Gatineau :"Les abeilles, c'est un monde à part entière"

Quand on évoque les abeilles, on résume aux piqûres, au miel, et à la reine. Christophe Gatineau explique pourquoi après avoir écrit Éloge du ver de terre, il a publié le livre Éloge de l’abeille, quand les insectes ont le bourdon : "Je m'intéresse aux animaux qui butinent. Les vers de terre butinent les racines des plantes, les abeilles butinent les fleurs des plantes. Quand les vers de terre butinent les racines des plantes, c'est pour les nourrir, quand les abeilles butinent les fleurs des plantes, c'est pour les féconder. Dans les deux cas, ils rendent des services. Quand on pense aux abeilles, on pense à celles qui font le miel. Mais les abeilles, ça ne se résume pas à ces abeilles qui sont exploitées par l'apiculture. Les abeilles, c'est un monde à part entière". Il explique qu'il existe mille espèces d'abeilles.

Et de détailler : "Les abeilles sont très différentes : elles vivent presque toutes sous terre. Une des espèces vit sous terre pendant 9 mois, elles sortent au mois de février pour rentrer sous terre au mois de mai, elles ont la taille de moucherons. D'autres sont charpentières, il existe les bourdons... C'est un monde extrêmement diversifié..." Il précise : "Savez-vous que les abeilles, un siècle avant les vaches, cochons et autres poules, sont les premiers animaux dont l'exploitation a été industrialisée ?" On ne peut pas parler ainsi des abeilles, c'est une espèce qui réunit des animaux très différents. Selon lui, il existe 20.000 espèces d'abeilles : "Quand on parle d'effondrement des abeilles, l'apiculture est en grand danger aujourd'hui, on parle de l'effondrement des abeilles à miel, les autres espèces prolifèrent".

"On livre une guerre impitoyable à nos insectes"

André Bercoff explique que systématiquement lorsque l'on déjeune dehors, on est content et puis tout à coup, les abeilles foncent sur nous et là, on les déteste : qu'est-ce qui les attire ? : "En règle générale, on n'aime pas les insectes. Aujourd'hui, on leur livre une guerre impitoyable à tous ces insectes pour les faire disparaître". André Bercoff lui demande de préciser s'il y a une vraie diminution : "Bien évidemment, c'est une catastrophe écologique. Il faut entendre les apiculteurs. L'éloge de l'abeille, ce n'est pas l'éloge de l'apiculture. L'exploitation des abeilles, c'est un autre domaine. Dans les livres, on parle du monde des abeilles. Mais aujourd'hui, le monde de l'apiculture est en grave danger parce qu'il y a un syndrome d'effondrement des colonies. Ce syndrome est mondial. Il a été identifié il y a une vingtaine d'années".

Selon l'agronome, certains parlent d'un mal mystérieux, mais pour eux, l'origine est connue puisque chacun fait sa part pour la disparition des insectes : "Les conditions environnementales pèsent". Et de préciser quant aux abeilles, qu'il s'agit d'un événement multi-factoriel, mais parmi les principaux, il y a l'agriculture : "L’agriculture industrielle ne laisse plus rien à butiner aux insectes. Il ne reste que les cultures industrielles comme le colza. Les plantes n'arrivent aujourd'hui plus à floraison. On ne doit incriminer personne car agriculteurs ou apiculteurs sont tous sous pression". Sa conclusion est terrible : "Les abeilles, on ne veut pas les sauver !"

 

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Retrouvez André Bercoff et ses invités du lundi au vendredi sur Sud Radio, à partir de midi. Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !