Se dirige-t-on vers une pénurie de cartes grises ?

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Les salariés de la papeterie chargée de produire les cartes grises, passeports et billets de banque brûlent une partie de leur stock. AFP

Depuis deux semaines, les salariés d'une papeterie de Seine-et-Marne, placée en liquidation judiciaire, occupent leur usine et brûlent une partie de leur stock. Des bobines de 200 kilos qui permettent de produire nos cartes grises, nos passeports, ou encore des billets de banque pour 150 pays du monde. Alors que la fermeture va être prononcée aujourd'hui mercredi 30 janvier, les salariés font tout pour faire entendre leur voix, Mathilde Choin de Sud Radio est allée à leur rencontre.

"Les assignats de la déclaration des Droits de l'Homme, ça a été fait ici !"

Yohan est arrivé ici à l'âge de 16 ans, il s'apprête à laisser derrière lui un pan entier de sa carrière. "Ma grand-mère a commencé ici, mon père, des oncles... C'est une famille de familles ! Enfin c'était..." confie-t-il les yeux embués à Mathilde Choin de Sud Radio.

Sur les grilles de l'usine, des tee-shirts rappellent les prénoms d'une partie de ces 240 salariés, bientôt au chômage. Il y a 8 mois, l'entreprise en difficulté est rachetée par un fonds d'investissement germano-suisse. Alors qu'une partie des dettes est effacée, les salariés se sentent sauvés, mais en réalité, ce n'est pas le cas, cette reprise n'est pas suivie par une relance de l'activité. "Elle est là, la haine ! On aurait 'merdé', on aurait mal travaillé, on pourrait s'en vouloir, mais là non ! On est leader mondial, on fait ce qu'il y a de meilleur au niveau du papier. On a encore eu des récompenses à des salons de papier et là, ce sont des mecs qui ont dépouillé ça ! 400 ans ! Les assignats de la déclaration des Droits de l'Homme, ça a été fait ici ! Ils en ont rien à faire !"

"On va aller jusqu'au bout pour avoir un geste de l'État"

Des bobines de 200 kilos qui partent en fumée, les seules en France à permettre aux automobilistes d'avoir des cartes grises dans leurs voitures. Depuis l'annonce de la liquidation il y a 2 semaines, Wesley et les autres se relaient nuit et jour pour veiller sur ces stocks. "On nous laisse dehors dans le froid, avec les conditions climatiques qu'on connaît en ce moment. Personne ne s'occupe de nous. Nos mutuelles sont arrêtées, pour Pôle emploi, personne ne vient nous voir. On attend, on va aller jusqu'au bout pour avoir un geste de l'État".

L'État assure de son côté tout faire pour aider les salariés. Mais, d'ici deux mois, en cas de poursuite du mouvement, la France pourrait finir par manquer de cartes grises.

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