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Salon de l'agriculture: face au boycott, Macron renonce à son grand débat

"Dont acte": le président Emmanuel Macron a annulé vendredi le grand débat qu'il avait imaginé samedi dans l'enceinte du Salon de l'agriculture, mais a proposé aux syndicats agricoles de les voir, avant une visite qui s'annonce mouvementée, son nom ayant été sifflé vendredi soir.

JULIEN DE ROSA - AFP

"Dont acte": le président Emmanuel Macron a annulé vendredi le grand débat qu'il avait imaginé samedi dans l'enceinte du Salon de l'agriculture, mais a proposé aux syndicats agricoles de les voir, avant une visite qui s'annonce mouvementée, son nom ayant été sifflé vendredi soir.

L'idée d'un grand débat, sur le modèle de ceux organisés au moment de la crise des "gilets jaunes", a tourné court, tant la mention jeudi d'une invitation du collectif écologiste des Soulèvements de la Terre, même rapidement annulée, a hérissé les agriculteurs.

Dans un message sur X vendredi en fin d'après-midi, Emmanuel Macron a revu une nouvelle fois les conditions de sa présence à l'inauguration de l'événement: "Les syndicats agricoles (...) avaient voulu un +débat+ ouvert. Ils en demandent aujourd'hui l'annulation. Dont acte."

"J'inviterai demain [samedi] matin tous les syndicats agricoles avant l'ouverture officielle du salon. Je serai là pour l'ouvrir et irai au contact de tous ceux qui veulent échanger comme je le fais chaque année", a-t-il ajouté.

"C'est une très bonne nouvelle", a réagi sur France Info l'un des vice-présidents du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Luc Smessaert.

"On lui avait déjà dit qu'on n'avait (...) pas besoin d'un débat type +gilets jaunes+. On avait besoin surtout qu'un président de la République vienne dire aux agriculteurs français +On vous soutient+", a-t-il poursuivi.

Mais le numéro un du syndicat Arnaud Rousseau, a prévenu le président "qu'avant de défiler et faire des photos, il fallait d'abord annoncer aux paysans ce qu'ils attendaient et qu'ils réclamaient depuis des semaines", devant ses troupes de la FNSEA rassemblées dans la soirée devant les portes du Salon. Ces adhérents ont copieusement sifflé le nom du président, augurant une visite tendue samedi. Les présidents français passent généralement des heures, voire la journée entière, au Salon de l'agriculture.

M. Rousseau a confirmé ensuite sur BFMTV qu'il serait "là demain matin à l'invitation du président de la République".

De son côté, Véronique Le Floc'h, présidente de la Coordination rurale, 2e syndicat agricole français, a dit à l'AFP accepter ce rendez-vous avec le président, ajoutant simplement "s'il peut rentrer".

Le Premier ministre Gabriel Attal en déplacement dans une ferme de Janvillier, à l'est de Paris, le 15 février 2024

Le Premier ministre Gabriel Attal en déplacement dans une ferme de Janvillier, à l'est de Paris, le 15 février 2024

FRANCOIS NASCIMBENI - AFP

"Le président, il nous a fait un énorme bras d'honneur hier [jeudi avec les Soulèvements de la Terre] alors, ce qu'on attend maintenant c'est qu'il annonce des choses", a commenté auprès de l'AFP Vincent Bouvrain, agriculteur en Seine-et-Marne, dans la manifestation parisienne coorganisée vendredi avec les Jeunes Agriculteurs (JA).

Le cortège comptant 14 tracteurs et des centaines de manifestants est arrivé à la tombée de la nuit devant le parc des expositions de la Porte de Versailles, théâtre habituel du salon.

Une partie des manifestants va rester camper à proximité du salon pour la nuit.

La capitale avait accueilli un autre cortège de tracteurs dans la journée, à l'initiative du syndicat rival Coordination rurale. Après avoir stationné plusieurs heures derrière les Invalides, ils ont commencé à rebrousser chemin vers 17H00 comme convenu avec les autorités.

- "Pas de sens" -

L'exécutif s'efforce depuis un mois de répondre aux agriculteurs qui manifestent pour obtenir un meilleur revenu et moins de contraintes administratives et environnementales, au prix de concessions sur les pesticides, notamment.

Photo d'une sculputure d'anniversaire installée devant l'entrée du Salon de l'Agriculture à Paris, prise le 22 février 2024

Photo d'une sculputure d'anniversaire installée devant l'entrée du Salon de l'Agriculture à Paris, prise le 22 février 2024

Ludovic MARIN - AFP

Le gouvernement a encore annoncé vendredi que les éleveurs ayant perdu des chèvres ou des brebis à cause du loup seraient mieux indemnisés, et que le protocole de tir contre l'animal protégé était assoupli.

Il a cependant suffi que l’Élysée évoque la présence des Soulèvements de la Terre, écologistes connus pour leur combat radical contre l'agriculture intensive et que le gouvernement a vainement tenté de dissoudre, pour rallumer la mèche de la colère qui semblait retomber depuis trois semaines.

Une "erreur de communication", selon l’Élysée.

"Arnaud Rousseau a fait pression pour ne pas se retrouver face à nous et Macron s'est couché. Qu'il soit rassuré: nous n'aurions pas participé à cette supercherie, mais merci pour le spectacle!" ont ironisé Les Soulèvements de la Terre sur X.

Le collectif Riposte alimentaire, qui avait aspergé la Joconde de soupe, a dit lui aussi avoir été invité initialement à ce qu'un porte-parole a qualifié de "mascarade", vendredi sur BFMTV.

"Ce grand débat n'avait clairement pas de sens. (…) Des grands problèmes, un grand débat et rien derrière, c'est la marque de fabrique de ce gouvernement", a réagi la porte-parole de la Confédération paysanne Laurence Marandola, sur RTL.

Des agriculteurs de la Coordination rurale  dans l'ouest de Paris, le 23 février 2024

Des agriculteurs de la Coordination rurale dans l'ouest de Paris, le 23 février 2024

MIGUEL MEDINA - AFP

Interrogée en direct sur la possibilité de rencontrer le président avant l'ouverture du salon, Mme Marandola a réservé sa réponse.

"Ça va être un salon d'explications, un salon qui pourrait être un peu viril — ou peut être viril, mais correct — parce que le monde agricole a besoin tout de suite de réponses précises sur +On fait quoi, quand?+", a déclaré à l'AFP le président du salon Jean-Luc Poulain.

bur-ni-sb-myl/ico/LyS

Par Sofia BOUDERBALA, Nina ISENI / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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