Salariés, étudiants, syndicats peu convaincus par les annonces: "ça fait longtemps que je me dis que je n'aurais pas de retraite"

Les contours définitifs de la réforme des retraites ont été dévoilés hier par Edouard Philippe... Loin de calmer la mobilisation, ils renforcent la détermination des opposants à la réforme, jusque dans les rangs des syndicats considérés comme réformistes: CFDT, CFTC, Unsa, CFE-CGC.

Des salariés suivent l'allocution d'Edouard Philippe dans la région parisienne. (Philippe LOPEZ / AFP)

Après avoir écouté les annonces du Premier ministre, les représentants syndicaux de l'Union Syndicale Solidaire des secteurs de l’aérien, de l’éducation, de la santé et du rail n’étaient pas surpris, et encore moins convaincus. Ils contestent le contenu de la réforme qui impose un système universel à point - Reportage Sud Radio de Mathilde Jullien

 

Pour eux, rien n’a changé, la grève doit se poursuivre jusqu'au retrait de la réforme qui définit à 64 ans l’âge d’équilibre de départ à la retraite, explique Jean Marc Duvauchelle, secrétaire général de la fédération sud santé sociaux. "On est des catégories socio-professionnelles épuisées. Nos conditions se dégradent, rien n'est fait pour les améliorer".  Muriel Guilbert est secrétaire nationale de l’union syndicale solidaire, pour elle, les femmes ne sont pas gagnantes dans cette réforme: "Cette bonification de 5%, c'est le couple qui va choisir. La plupart des gens vont prendre celui qui gagne le plus, donc l'homme. En cas de divorce, ces femmes se retrouveront sans cette bonification".  Du côté de la RATP, figure de proue de la contestation, la poursuite de la grève a été décidé avant les annonces du premier ministre. Chez Solidaires, les représentants sont unanimes, il sont désormais rejoint par d’autres syndicats, la CFDT et la CFTC appellent eux aussi à une grande mobilisation nationale le 17 décembre, tout comme l'UNSA et le syndicat de l'encadrement CFE-CGC.

 

 

Des infirmières peu convaincues

Alors que l’exécutif a présenté hier la tant décriée réforme des retraites, Edouard Philippe s’est félicité que dans ce projet, les femmes soient "les grandes gagnantes". Avec notamment le versement d’un salaire intégral à la grossesse ou une augmentation des points dès le premier enfant. Du côté des infirmières, les annonces font réagir - Reportage Sud Radio d'Alexandre de Moussac dans un service d’un hôpital de l’AP-HP à Paris.

 

Chez cette infirmière de 37 ans, c’est la déception qui règne après les annonces du Premier ministre. Elle ne considère pas être une grande gagnante de la réforme des retraites, loin de là. "Il oublie les femmes qui ne veulent pas avoir d'enfants." Mais plus que les mesures concernant les femmes, ce qui lui pose problème, c’est que le métier d’infirmière ne soit pas toujours pas considéré comme dangereux. "Les gens des fois sont en colère, et ça se tourne vers nous". Un constat partagé par sa collègue, en poste depuis seulement huit mois. A la violence physique des patients s’ajoutent des dangers psychologiques pour le personnel soignant. "Quand vous sortez d'ici, en théorie, on vous apprend à l'école qu'il faut savoir garder sa distance et évacuer tout ça, mais c'est impossible. C'est des choses que vous gardez en vous. Vous pouvez pas en quittant le portail vous dire: 'ça y est, c'est fini'. C'est impossible". Seul coup de pouce du gouvernement pour ces infirmières, une meilleure prise en compte des heures de nuit. Loin d’être suffisant pour elles.

 

Etudiants: "ça fait longtemps que je me dis que je n'aurais pas de retraite. Je vais mettre de l'argent de côté"

Eux ne cotiseront qu’avec le nouveau système par points. Que pensent les jeunes de cette reforme des retraites ? Sont concernés tous ceux qui ne rentreront sur le marché du travail qu’à partir de 2022. - Propos d'étudiants recueillis à Marseille par Lionel Maillet

 

 

Les mesures annoncées:

  • Passage à un système universel de retraite à points
  • Fin des régimes spéciaux à terme
  • Maintien de l'âge de départ à 62 ans, mais avec un âge pivot (incitatif à 64 ans)  accompagné d'un système de bonus-malus pour inciter à travailler plus longtemps.
  • Possibilité de partir deux ans plus tôt pour les métiers usants
  • Retraite minimum garantie à 1000 euros et 85% du SMIC
  • Des points supplémentaires dés le premier enfant avec majoration pour les familles nombreuses
  • Calendrier de mise en oeuvre: pour le régime général, les travailleurs nés avant 1975 ne seront pas du tout concernés par la réforme. Ceux nés à partir de 2004 au contraire seront tous au nouveau régime. Quant à ceux qui sont nés entre 1975 et 2004, leur pension sera calculée avec un mélange de l'ancien et du nouveau système. La mise en oeuvre sera plus étalée pour les régimes spéciaux et notamment les conducteurs SNCF et RATP: pour eux, la réforme s'appliquera à partir de la génération née en 1985.