Restauration: les pourboires par carte bleue comme solution à la crise des vocations?

Que ce soit en salle ou en cuisine, près de 150.000 postes seraient vacants dans la restauration. Pour pallier à ce manque d'attractivité, le gouvernement entend encourager la pratique des pourboires en les défiscalisant, même lorsqu'ils sont effectués par carte bancaire.

GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Reportage Sud Radio de Clément Bargain

 

"Recherche serveur en CDI": L’affiche est collée sur la devanture de ce restaurant depuis plusieurs semaines. Pourtant les candidatures se font rares, au désespoir de Melek, le gérant.

"Pour trouver quelqu'un en CDI, c'est dur. Depuis qu'on a repris, il m'arrive de travailler de 7h du matin à 2h. Ouverture-fermeture. On n'a pas trouvé de personnel pour nous remplacer."

 

"Beaucoup se sont reconvertis"

Depuis les confinements, de nombreux personnels de la restauration ont décidé de quitter le milieu. "Des serveurs qui se sont reconvertis comme chauffeur, Uber, taxi, certains se sont formés... J'en connais beaucoup." Ceux qui postulent aujourd’hui sont souvent peu qualifiés et ne cherchent pas forcément de CDI. "Des gens qu'on forme sur place, généralement des étudiants. Des gens qui viennent travailler deux-trois mois et qui se cassent. C'est vrai que c'est difficile de tenir neuf heures voire dix heures debout..." Des métiers difficiles pour lesquels la main d’œuvre se fait rare. Il y a un manque d’attractivité pour Serge, gérant d’une agence d’intérim, qui estime aussi que "beaucoup de gens ne veulent pas travailler, ou qui viennent travailler 35h pour renouveler leur chômage." Selon les syndicats, dans la restauration, plus de 150.000 postes restent vacants.

 

Redorer l'image de la restauration...

"On a fait beaucoup de progrès. Deux jours de congés par semaine, 10 jours fériés garantis, une mutuelle, cinq semaines de congés payés. Contrairement à ce qu'on raconte, on ne travaille pas tous les week-end ou tous les soirs, beaucoup d'établissements ont des roulements. Il faut arrêter de ne montrer que ce qui ne va pas dans nos métiers" - Pour Patrice Mounier, président des métiers de l'industrie de l'hôtellerie de Vaucluse

 

 

Les pourboires, le retour?

Les pourboires par carte bancaire désormais défiscalisés. C’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron hier. Une décision mise en œuvre dans les prochains mois pour aider le secteur en difficulté.

 

Reportage Sud Radio de Chloé Le Blay

 

 

Avec cette défiscalisation Gérard n’hésitera plus à sortir sa carte au lieu de pièces. Impossible pour lui de partir sans laisser un petit pourboire. "C'est normal, certains ont un salaire très minime, ils sont essentiellement payés au pourboire. Cela fait partie d'une tradition, en quelque sorte." Une décision qui ravit aussi Jérôme, qui trouve "plus simple de laisser quelque-chose de dématérialisé, plutôt que d'aller chercher de la petite ferraille dans les poches." Valérie a rarement de la monnaie dans ses poches, et cette défiscalisation va donc l’inciter à laisser un pourboire plus souvent, "par rapport à leur salaire pas énorme..." Pour Gérard, gérant d’une brasserie, cette annonce est vue comme un coup de pouce, pour autant il ne pense pas que les clients seront plus généreux: selon lui "la clientèle française est moins généreuses depuis le covid", même s'il se réjouit de voire ces petits gestes échapper à l'impôt. De 20 % du montant de l’addition il y a quelques années, le pourboire ne représente plus que 3 %

 

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