René de Obaldia : "La chose la plus invraisemblable qui soit au monde, c'est d'être"

André Bercoff et Céline Alonzo reçoivent le doyen des Immortels de l'Académie française, le poète, romancier et dramaturge René de Obaldia, le vendredi 31 mai 2019 sur Sud Radio, dans le rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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René de Obaldia : "La chose la plus invraisemblable qui soit au monde, c'est d'être"

Le poète, romancier et dramaturge René de Obaldia est le deuxième académicien à devenir centenaire. Cet homme plein de vie n'a rien perdu de son esprit facétieux ni de son immense talent. Mais alors, la poésie conserve son homme ? "C'est possible... Mais de toute façon, c'est tellement mystérieux d'être, qu'on ait 20 ans ou 100 ans, la chose la plus invraisemblable qui soit au monde, c'est d'être, ce n'est pas la mort ! La mort est une chose commune je dirais, qui est réservée à tous." Et il poursuit, à propos de la mort : "J'aime beaucoup les mots de Cocteau quand je lui avais demandé ce qu'il pensait de la mort. Il avait répondu : 'J'étais mort si longtemps avant la naissance.' Et voilà, c'est mon état, je suis avec un grand point d'interrogation". 

"Cocteau a de très beaux mots. Quand je suis entré à l'Académie, j'ai succédé à Julien Green qui, converti au catholicisme, était hanté par le diable. Véritablement hanté, il disait que le diable était derrière lui quand il écrivait. Et comme j'ai succédé à Julien Green, j'ai noté cette particularité quand j'ai retrouvé un mot de Cocteau : 'Sans le diable, Dieu n'aurait jamais atteint le grand public'." Il a réuni ces phrases qui l'ont marqué au cours de sa vie, dans un livre paru chez Grasset, Perles de vie. L'académicien raconte : "Je déjeunais avec mon éditeur Olivier Nora et, au cours de ce repas, me sont venus quelques aphorismes à l'esprit dont celui-ci de Chesterton : 'Les anges volent parce qu'ils se prennent eux-mêmes à la légère'. Et alors, Olivier Nora m'a proposé, si j'en avais d'autres comme ça, d'en faire un recueil. J'ai mis six sept mois avant de les recueillir".

"L'Académie française est une famille"

André Bercoff évoque alors Le Centenaire, le livre écrit par René de Obaldia en 1959, alors qu'il n'avait que 40 ans, dans lequel il évoquait ce qu'est la vie d'un centenaire... L'académicien avoue vivre une partie de ce qu'il avait écrit à l'époque même si, évidemment, on ne peut pas tout prévoir : "Lorsque j'ai écrit ce 'Centenaire', c'était vraiment un pas vers la vieillesse parce que l'on ne parle pas de la vieillesse, ça rebute et ça m'intéressait beaucoup de l'explorer ; ça a été une divagation, une prémonition, je ne pensais pas que j'allais rejoindre mon personnage. Pas une seconde... Il y a eu les critiques, bien sûr, en général très favorables, mais je me souviens d'une critique qui disait très justement, à propos du 'Centenaire' : 'Du gâtisme au service des Beaux-Arts"'.

Un bandeau de Mauriac accompagnait ce livre : "La vieillesse nous met, d'une certaine manière, hors la loi". Qu'en est-il de René de Obaldia ? "Je l'ai été un peu et puis j'ai suivi la société et j'ai eu beaucoup de chance, beaucoup d'heureux événements. Hors-la-loi, il faudrait savoir quelle loi, cela demanderait discussion, un symposium." L'Immortel ajoute : "Aujourd'hui, l'Académie française est une famille, j'y rencontre des femmes et des hommes exceptionnels qui sont mes amis. Je suis ravi d'être là. C'est un grand réconfort de m'y rendre." Comment est-il devenu écrivain ? "Très jeune, très tôt, j'ai eu envie de communiquer. J'aurais pu m'adonner à la musique, j'adore la musique, mais ça demande des cours ; la peinture, ça demande un atelier. La chose la plus simple, pour moi, c'était de prendre un papier et un crayon."

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