Raphaël Kempf : "le gouvernement exploite une crise sanitaire pour mettre en place des lois scélérates"

Raphaël Kempf, avocat pénaliste connu pour sa défense des manifestants et Gilets Jaunes victimes de violences policières ou de la répression judiciaire, auteur du livre "Ennemis d'État - Les lois scélérates, des anarchistes aux Terroristes" (La Fabrique Éditions) était l’invité d’André Bercoff, mardi 31 mars sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Raphaël Kempf invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio. (Photo by FRANCK FIFE / AFP)

Raphaël Kempf accuse le gouvernement "d'exploiter une crise sanitaire pour remettre en cause des fondements de notre État de droit". C'est pour cette raison que l'avocat parle de "lois scélérates". Un terme qui fait référence aux lois du XIXe siècle adoptées pour lutter contre le terrorisme anarchiste, "mais qui par la suite se sont appliquées à tout le monde", note-t-il.

 

Des abus sur le terrain

Concrètement, ces lois se manifestent par "un pouvoir disproportionné donné par l'état d'urgence sanitaire à la police". Une loi qui permet des contraventions aux personnes qui ne respectent pas le confinement mais qui donne lieu à "un abus de la part de policiers qui, sur le terrain, vont interpréter cette loi de manière à verbaliser quelqu'un s'il a rédigé son attestation au crayon de papier", rapporte l'avocat, qui souligne qu'aucun texte de loi ne l'interdit. Autre exemple, le patient d'une psychiatre à Rennes "a été verbalisé pour avoir coché deux cases", déplore-t-il.

Raphaël Kempf reconnait "un problème au niveau de la protection qui n'est pas accordée aux policiers" et constate que les fonctionnaires de police "sont l'une des professions les plus exposées à la propagation du virus". Il note tout de même que "des violations du confinement, il y en a partout", même si les quartiers sensibles sont les plus montrés du doigt dans les médias. "Le deux poids deux mesures y est dans toutes les situations".

Des détentions prolongées automatiquement

Autre problème de l'état d'urgence sanitaire, c'est la gestion des prisonniers. "Depuis la révolution française, la justice est rendue publiquement, oralement, à la suite d'un débat où l'accusé peut faire valoir ses arguments", rappelle l'avocat. "Tous ces principes fondamentaux ont été balayés d'un trait de plume par le gouvernement la semaine dernière à travers l'état d'urgence sanitaire", s'indigne-t-il. Depuis le début de la crise, "des personnes en prison, présumées innocentes et en détention provisoire, ont vu leur détention être prolongée automatiquement sans même qu'ils aient le moindre mot à dire", dénonce Raphaël Kempf.

Une loi d'urgence qui permet le maintien automatique en prison de personnes en préventive. Pourtant, "pour la santé publique, la situation des prisonniers est importante", estime l'auteur. "Il y a autour de la planète des experts qui disent que les prisons sont des lieux de propagation du Covid-19", rapporte Raphaël Kempf, qui juge "fondamental de libérer des places pour des motifs de santé publique". "Si le virus se propage en détention, ce sont des lits de réanimation qui seront utilisés par des prisonniers", prévient-il.

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