Priscilla, instagrammeuse : "Instagram est un outil qui va trop loin"

Rue Brézin à Paris, le café des "Pipelettes" est un lieu bucolique et apaisant, idéal pour une entrevue comme pour photographier son nuage de lait et le partager sur Instagram. Ce que fait chaque jour Priscilla Lanzarotti pour ses 10 800 abonnés, lorsqu'elle savoure un dessert dans un restaurant parisien. Mais Instagram est une plateforme dont les coulisses ne sont pas si roses que le suggère son logo. Entretien.

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Priscilla Lanzarotti se définit plutôt comme une "foodie invétérée" que comme "influenceuse" mais les chiffres sont bien là : 10 800 abonnés suffisent à justifier son aura. Pour autant, il est vrai que celle-ci se distingue par son honnêteté dans un milieu subjectif voire trompeur. Le slogan de Sud Radio, "Parlons vrai", pourrait bien être aussi celui de Priscilla tant la trentenaire détone sur ce réseau avec une méthode singulière : ne jamais montrer son visage, mettre en valeur les créations des restaurateurs plutôt qu'elle-même et enfin, donner une vraie critique objective. Cela lui vaut de s'attirer les foudres de certains : "j'ai déjà reçu des messages vraiment pas très sympas d'autres influenceurs. À un moment, on est là pour des pâtisseries, pas pour être sur un ring de boxe". 

L'argument de ses détracteurs pour s'en prendre à elle ? Ses critiques "n'étaient pas toujours appréciées dans le milieu". En effet, Instagram était - et est toujours - l'endroit le plus "liké" du web avec déjà 4,2 milliards de likes par jour dans le monde en 2016, quand la propriété de Zuckerberg n'avait encore "que" 500 000 utilisateurs contre 1 milliard symbolique, franchi en 2019 (chiffres : Hootsuite). Contrairement à Twitter où le "retweet" permet d'ajouter son opinion ou à Facebook et son fameux système de réactions, Instagram prône la "positive attitude". En apparence tout du moins. Priscilla ajoute à ce sujet qu'elle peut passer "jusqu'à 40 minutes de retouches par jour". Mais c'est dans le fond qu'opère la singularité de l'instagrammeuse, lorsqu'elle donne son avis comme le ferait un critique culinaire. Le mot même de "critique", issu du grec ancien "krinein", évoque le fait de "passer au tamis", de disposer d'une grande capacité de discernement. La liberté d'expression passe aussi par là, par l'objectivité, quitte à ne pas plaire au "positivement correct" ambiant sur le réseau.

"Le statut d'influenceur est un gage de visibilité pour les marques qui cherchent à étendre leur public. Qui dit marque dit argent ce qui explique que certains soient prêts à tout pour augmenter leur visibilité et ainsi obtenir plus d'invitations et de partenariats. Cela va aussi parfois avec l'achat de commentaires, de likes et même de followers. C'est un système que je désapprouve totalement."

 Tout n'est pas à jeter cependant sur Instagram, sinon Priscilla ne l'utiliserait pas. "Étant consultante en communication, cela me permet d'étoffer mon carnet d'adresses, de promouvoir des restaurateurs et de leur faire de la publicité. Je suis également invitée à certains événements." Une plate-forme devenue donc indispensable pour cette influenceuse parisienne qui a fait de sa passion son activité annexe. 

Plus largement, la #food est devenue un sujet phare d'Instagram avec 27% des utilisateurs qui ont déjà partagé une photo de leur plat et surtout une statistique édifiante : les adeptes de bonne et belle "bouffe" se connectent en moyenne 18 fois par jour. À tel point qu'ils sont plus de "200 influenceurs dans le milieu parisien de la "food" et (on) se connaît tous entre nous, nos réputations etc." 

En revanche, pas de quoi devenir pessimiste ou carrément, alarmiste, car "les mentalités évoluent. Les internautes remarquent l'honnêteté aussi parce qu'ils remarquent que cela tranche avec le côté fake d'Insta. Je suis persuadée qu'on va vers plus d'honnêteté sur ce réseau."