Premier décès en France à la suite d'un contrôle du confinement

Un trentenaire est mort mercredi soir à Béziers, peu de temps après son arrestation par la police municipale de la ville, le premier décès en France à la suite d'un contrôle des mesures de confinement.

PASCAL GUYOT - AFP/Archives

Un trentenaire est mort mercredi soir à Béziers, peu de temps après son arrestation par la police municipale de la ville, le premier décès en France à la suite d'un contrôle des mesures de confinement.

Le parquet de Béziers a ouvert une enquête pour "homicide involontaire" après la mort de cet homme de 33 ans, condamné à huit reprises depuis 2005 pour des violences et des vols et qui aurait, selon les policiers municipaux "refusé leur contrôle".

"Il est inadmissible qu’en France une personne décède du fait de sa pauvreté et de sa grande vulnérabilité sociale et de la mise en place de mesures d’exception comme le couvre-feu", a réagi la Ligue des droits de l'Homme de l'Hérault dans un communiqué en affirmant qu'il s'agissait d'une "personne sans domicile fixe".

L'homme est mort après avoir été transporté au commissariat par trois policiers municipaux.

Ces derniers avaient procédé à son contrôle vers 22H20 mercredi dans les rues de Béziers, où un couvre-feu est en vigueur à compter de 21H00, a précisé le procureur Raphaël Balland.

Le décès du trentenaire a été constaté vers 23H30 par un médecin du Service d'urgence mobile et de réanimation (Smur), "après plus de trois quarts d'heure de tentative de réanimation dans les locaux du commissariat de police de Béziers", ajoute M. Balland dans un communiqué.

Le procureur s'est déplacé sur les lieux, a ordonné "une enquête en flagrant délit du chef d'homicide involontaire" et a confié les premières investigations à la police nationale à Béziers. La sûreté départementale de Montpellier est chargée de la suite de l'enquête.

Selon les déclarations des policiers municipaux, la victime aurait "refusé le contrôle, aurait adopté à leur encontre un comportement très agressif, justifiant selon eux de procéder à son interpellation".

Toujours selon les policiers municipaux, l'homme aurait alors "résisté fortement et longuement à l'interpellation" et il aurait été difficile de le menotter et "de le faire entrer à l'arrière de leur véhicule en le maintenant sur le ventre".

"Un policier municipal se serait alors assis sur les fesses de l'individu encore très excité dans le but de le maintenir jusqu'à sa conduite" au commissariat, selon le récit du procureur.

"Il se serait calmé au cours du bref transport, les trois policiers affirmant l’avoir entendu +ronfler+, leur laissant penser qu’il s’était endormi", a-t-il relaté.

Mais à leur arrivée dans la cour du commissariat, "l'individu interpellé était inconscient", et les gestes de secours prodigués par des policiers puis par les secours l'ont été "en vain".

- Autopsie vendredi -

La Ligue des Droits de l'Homme de Béziers, dont un des membres était présent dans un logement adjacent, "a constaté une présence très importante de véhicules de police, au nombre de quatre (au moins)" qui bloquaient deux rues au moment de l'interpellation.

La LDH héraultaise dénonce des modalités d'interpellation "disproportionnées". "Il devient urgent que les personnes sans domicile fixe soient prises en charge de façon humaine et adaptée", estime-t-elle.

Né à Béziers, une des villes les plus pauvres de France, le trentenaire décédé était sans emploi et père de trois jeunes enfants à la garde de leur mère, dont il était séparé. Selon le parquet, il était domicilié chez sa soeur.

Dans le cadre de la lutte contre le Covid 19, la Loi du 23 mars 2020 permet aux agents de la police municipale, aux côtés des forces nationales, d’assurer le respect des mesures de confinement dans le cadre de l'état d’urgence sanitaire.

A Béziers, le rôle de la police municipale, armée et mise en avant par le maire Robert Ménard (proche du Rassemblement national) dans la lutte contre la délinquance, est controversé.

Après ce décès, des investigations étaient en cours jeudi, notamment des recherches toxicologiques. Une autopsie doit avoir lieu à Montpellier vendredi après-midi.

Le parquet dit envisager de requérir l'ouverture d'une information judiciaire dans les prochains jours afin de poursuivre les investigations sous la direction d'un magistrat instructeur du tribunal judiciaire de Béziers.

Par Isabelle LIGNER / Montpellier (AFP) / © 2020 AFP