Pollution au chlordécone aux Antilles: "l'Etat est le premier responsable"

La députée Justine Bénin, rapporteure de la commission d'enquête parlementaire qui s'est penchée sur le chlordécone aux Antilles, estime que "l'Etat est le premier responsable" de cette pollution, mais que les responsabilités sont partagées.

(Photo by Thomas SAMSON / POOL / AFP)

Q: Après six mois d'auditions, quels sont les principales conclusions du rapport?

R: "Nous avons d’abord avancé sur la question des responsabilités. Indéniablement, l’Etat est le premier responsable: en 1972, le ministère de l'Agriculture accorde une autorisation provisoire de vente pour un produit à base de chlordécone, qui sera utilisé jusqu’en 1993, alors qu’entretemps, et même avant, des signaux de terrain, des rapports scientifiques ainsi que l’accident d’Hopewell, en Virginie (un accident dans une usine fabriquant le chlordécone qui a eu des conséquences sur la santé des ouvriers exposés au produit, ndlr), montraient que le chlordécone était un polluant toxique et persistant dans l’environnement ! Ces responsabilités sont partagées avec les acteurs économiques. Les industriels d’abord, mais aussi les groupements de planteurs et certains élus, qui ont défendu jusqu’au bout l’usage du chlordécone, qu’ils considéraient à tort comme un produit miracle sans possibilité d'alternative. Aujourd’hui, près de 40 ans après, nous faisons face à une pollution de grande ampleur, qui touche l’agriculture, la pêche, l’environnement, la santé…"

Q:  Plusieurs ministres ont reconnu la responsabilité de l'Etat. La commission a-t-elle avancé sur la question de la réparation?

R: "La parole des ministres a été très forte, sans aucune concession. Elle s’inscrit dans la droite ligne du président de la République, qui avait reconnu à la Martinique, en 2018, que le chlordécone était +un scandale environnemental+ dans lequel +l’Etat a sa part de responsabilité+. Il avait également affirmé que nous devions avancer dans la voie des réparations.

C’est ce principe essentiel de +réparations+ que je défends dans ce rapport. Il est nécessaire de mettre en place des actions ambitieuses pour réparer les dommages et les préjudices subis par les territoires de la Guadeloupe et de la Martinique. Cela passe d’abord par la protection des populations face aux risques sanitaires, le soutien financier à la diversification agricole et aux marins-pêcheurs, avec un Fonds d’indemnisation pour les victimes économiques, mais également par une priorisation de la recherche, notamment en matière de santé et de techniques de dépollution."

Q: Que va apporter concrètement ce rapport à la population, dont une grande majorité est contaminée?

R: "Les Guadeloupéens et Martiniquais attendent la vérité. Ils exigent des réponses claires sur ce qu’ils vivent depuis des années comme un drame écologique, sanitaire et économique. Ils aspirent à plus de transparence. Ce rapport a pour objectif de leur donner des réponses sur l’histoire trouble du chlordécone, et de leur donner des perspectives de développement et de solutions pour sortir de cette pollution. Nos terres sont contaminées pour des dizaines d'années, voire pour les siècles à venir selon les prévisions les plus pessimistes. Je propose des solutions qui peuvent être mises en place pour envisager un avenir serein.

Le gouvernement attend ce rapport. Le Plan Chlordécone IV doit être présenté l’année prochaine, et toutes les recommandations que j’y fais viendront nourrir l’action du gouvernement. (...). Trop de temps a été perdu avec les précédents Plans Chlordécone, et l'Etat a désormais conscience des enjeux (...). Nous n’avons plus le droit à l’erreur. (...) C’est un rapport ambitieux. Je veillerai à ce qu’il ne finisse pas dans les tiroirs."