"On recense 12.000 agressions par an dans les prisons françaises"

Joaquim Pueyo, maire d’Alençon et ancien directeur de plusieurs prisons françaises, et Philippe Abîme, secrétaire interrégional de FO Pénitentiaire Paca-Corse, étaient les invités du débat du jour sur l'antenne de Sud Radio le 4 août.

Eric Dupond-Moretti visite la prison de Fresnes, le 7 juillet 2020. (Thomas COEX - POOL/AFP/Archives)

Les prisons françaises sont-elles à la hauteur ? Trois gardiens de la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône) ont été blessés samedi après-midi par un détenu muni d’un couteau artisanal lors d’un parloir, dont un grièvement.

 

Quand la drogue calme les prisons...

Comment le gardien blessé se porte-t-il ? "Il a été évacué par hélicoptère sur l’hôpital de Marseille samedi et en est ressorti dimanche matin. Ça va mieux, il va rentrer chez lui, explique Philippe Abîme, secrétaire interrégional de FO Pénitentiaire Paca-Corse. Maintenant, ce sont les blessures psychologiques qui vont être longues à soigner. Il s’agit d’une agression d’une violence particulière. C’est arrivé en fin de parloir, on avait réintégré les détenus et fait sortir les familles, car c’est un détenu isolé, fouillé en fin de parloir. Heureusement qu’il n’y avait plus personne, car cela aurait pu dégénérer en prise d’otage."

"Les collègues ont pu sortir du parloir et laisser le détenu tout seul, raconte Philippe Abîme. Il a fallu appeler les IRIS pour le maîtriser. Il est toujours en garde à vue, on ne connaît pas ses motivations. Cela nous étonne énormément, le parloir s’était bien passé, il allait avoir accès à une unité de vie familiale. C’était une bonne nouvelle, il n’y avait pas de raisons pour qu’il agresse les personnels."  La tension monte-t-elle dans les prisons ? "Les mouvements d’humeur ont surtout eu lieu quand la drogue ne rentrait plus par les parloirs. Les projections se sont renforcées, mais maintenant les parloirs ont repris, et la drogue rentre à nouveau. Cela les calme." Plus largement, souligne le secrétaire interrégional de FO Pénitentiaire Paca-Corse, "la prison est le reflet de la société ; la violence s’y développe, elle se développe aussi dans les prisons." Pour autant, faut-il armer les gardiens ? "À l’intérieur de la prison, ce n’est pas conforme aux règles européennes et il faut les respecter. Qu’ils soient équipés de matériels de protection, c’est fait. Il faut aussi avoir des maisons centrales très sécuritaires, des petites unités."

 

Les prisons, reflets de la société

Pourquoi constate-t-on de plus en plus d’agressions dans les prisons? "J’ai dirigé plusieurs prisons, j’en ai inspecté, rappelle Joaquim Pueyo, maire d’Alençon et ancien directeur de plusieurs prisons françaises. En tant que parlementaire, j’ai visité beaucoup de prisons. Par an, nous avons plus de 4.400 agressions physiques ou verbales à l’égard des personnels. Ce n’est pas acceptable. Quand vous avez des détenus ayant commis des agressions violentes à l’extérieur, condamnés à des peines longues et qui recommencent les mêmes agressions à l’intérieur pour différents motifs, on se pose des questions sur le sens et l’efficacité d’une peine."

"On peut le dire pour d’autres domaines, souligne Joaquim Pueyo. Par exemple quand des détenus sont arrêtés pour trafic de drogues, et ont la possibilité de continuer à exercer leur trafic en prison." Au-delà, "les agressions, les violences, c’est le reflet de notre société. Surveillant, c’est un métier difficile. Si on laisse les choses aller, ce sera un métier moins attractif, on aura des difficultés à recruter." Une prime a d’ailleurs déjà été mise en place pour recruter plus de surveillants pénitentiaires. "Le métier n’attire pas les jeunes, ils commencent à 1.400 euros, à peine le Smic pour se faire insulter et menacer", estime Philippe Abîme, secrétaire interrégional de FO Pénitentiaire Paca-Corse. "Nous avons des détenus qui n’acceptent aucune contrainte; nous avons fait des règles, mais nous sommes incapables de les appliquer", juge Joaquim Pueyo. La réponse pénale, les sanctions sont-elles suffisantes ? "Il y a aussi plus de 8.000 agressions entre détenus, les plus faibles doivent vivre des choses difficiles. Par an, cela fait 12.000 agressions dans les prisons, c’est inacceptable."

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