"On a eu peur pour notre mère, et finalement c'est notre père qui est parti"

Une barre symbolique franchie : les 100.000 victimes du Covid en France. Le temps viendra, a prévenu le gouvernement, qui planche sur la forme que pourrait prendre un hommage national. Derrière ce chiffre glaçant, des familles endeuillées. Des enfants qui mènent des combats pour rendre justice à leurs parents. Reportage de Lionel Maillet à Auriol dans les Bouches-du-Rhône.

(JOEL SAGET / AFP)
Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

 

La douleur est encore très vive. Jean-Michel Scotto a perdu son père de 79 ans en janvier dernier. Emporté en quelques semaines par le virus qu’il aurait attrapé lors d’une hospitalisation.

"Mon père était rentré pour la pose d'un stent, opération bégnine. Il est resté quatre jours, il est sorti, il a commencé à être fatigué le lendemain... Nez qui coule... Et entretemps il avait contaminé ma mère aussi. Diagnostiqués positifs. On a eu peur pour notre mère, et finalement c'est notre père qui est parti. "

 

"Ma mère se retrouve seule"

Un enterrement en petit comité, et l’intime conviction que Pascal Scotto ne ferait pas parti des 100.000 victimes du covid, si la clinique avait pris toutes les précautions nécessaires. "On savait très bien qu'il y avait un cluster. Personne, dans cette clinique, est venu dire quoi que ça soit. Quand il est sorti, aucun test, aucune mesure n'a été prise... " D’où ces plaintes qui seront bientôt déposées avec 18 autres familles dans le même cas. Des victimes à qui il faut rendre hommage insiste Jean Michel. "Cela ne fera pas revenir les personnes qui sont parties... Mais avoir une pensée pour eux." Peu importe la forme que prendra l’hommage de la nation, conclut Jean Michel Scotto qui se bat aussi pour sa mère qui a fini par vaincre le covid, mais qui à 77 ans doit affronter la solitude.

 

"C'est très dur à vivre... Heureusement qu'on était quatre enfants. Il y avait aussi ma mère qui était aussi touchée, donc il fallait être tous les jours 24h sur 24 avec eux. Ils n'avaient aucune force. Ce qui est dramatique, c'est que ma mère se retrouve seule. Mon père, c'était les jambes et les bras de ma mère. C'était un battant. Tout le monde nous disait qu'il allait s'en sortir. On a eu peur pour notre mère, et finalement c'est notre père qui est parti"

 

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