Nouveau gouvernement: la surprise Pap Ndiaye et un jeu de chaises musicales

L'historien Pap Ndiaye à l'Education et un vaste jeu de chaises musicales: un mois après la réélection d'Emmanuel Macron, et à trois semaines des législatives, la France s'est dotée vendredi d'un nouveau gouvernement qui oscille entre renouvellement et recyclage.

STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

L'historien Pap Ndiaye à l'Education et un vaste jeu de chaises musicales: un mois après la réélection d'Emmanuel Macron, et à trois semaines des législatives, la France s'est dotée vendredi d'un nouveau gouvernement qui oscille entre renouvellement et recyclage.

Comprenant 14 hommes et 14 femmes, "c'est un gouvernement paritaire, équilibré entre certains qui étaient déjà ministres ces dernières années et puis des nouvelles figures" avec "des personnalités qui viennent de la gauche, du centre de la droite", a assuré la Première ministre Elisabeth Borne sur le plateau du 20 heures de TF1.

Parmi les surprises égrénées sur le perron de l'Elysée par le secrétaire général Alexis Kohler figurent l'attribution du porte-feuille de ministre des Affaires étrangères à la diplomate Catherine Colonna ou encore l'arrivée à la Culture de Rima Abdul Malak, jusque-là conseillère d'Emmanuel Macron.

Mais le centre d'attraction est l'arrivée au ministère de l'Education de Pap Ndiaye, âgé de 56 ans, qui dirigeait jusqu'à présent le Palais de la Porte Dorée, et donc le musée de l'Histoire de l'immigration.

L'historien Pap Ndiaye, qui prend le portefeuille de l'Education nationale dans le gouvernement de la Première ministre Elisabeth Borne, devant le musée de l'Histoire de l'immigration à Paris, le 5 mars 2021

L'historien Pap Ndiaye, qui prend le portefeuille de l'Education nationale dans le gouvernement de la Première ministre Elisabeth Borne, devant le musée de l'Histoire de l'immigration à Paris, le 5 mars 2021

Martin BUREAU - AFP/Archives

Cet intellectuel reconnu, spécialiste d'histoire sociale des Etats-Unis et des minorités, aura la charge de succéder à Jean-Michel Blanquer à la tête d'un ministère à vif, traversé par des tensions sociales.

L'extrême droite a immédiatement concentré ses critiques sur ce choix.

"La nomination de Pap Ndiaye, indigéniste assumé, à l'Education nationale est la dernière pierre de la déconstruction de notre pays, de ses valeurs et de son avenir", a dénoncé Marine Le Pen.

Eric Zemmour a assuré que "c'est toute l'histoire de France qui va être revisitée à l'aune de l'indigénisme, de l’idéologie woke et de l'islamogauchisme".

Elisabeth Borne a dénoncé des critiques "parfaitement caricaturales".

Catherine Colonna, nommée ministre des Affaires étrangères, à Rome le 21 mars 2022

Catherine Colonna, nommée ministre des Affaires étrangères, à Rome le 21 mars 2022

TIZIANA FABI - AFP

Mme Colonna, elle, est déjà rompue aux rouages de l'Etat, ayant été ministre des Affaires européennes de 2005 à 2007 et porte-parole de l'Elysée sous Jacques Chirac.

La nouvelle cheffe de la diplomatie française, qui prend ses fonctions en pleine guerre en Ukraine, était ambassadrice au Royaume-Uni depuis septembre 2019.

- Le Maire N.2 -

A l'image de la nomination lundi à Matignon d'Elisabeth Borne, ancienne ministre du Travail, le premier gouvernement du deuxième quinquennat Macron est aussi marqué par la reconduction de plusieurs figures de l'acte I.

Damien Abad, ancien patron des députés LR, prend le ministère des Solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées. Photo le 21 mai 2021

Damien Abad, ancien patron des députés LR, prend le ministère des Solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées. Photo le 21 mai 2021

JOEL SAGET - AFP/Archives

Certains conservent leurs portefeuilles: c'est le cas des poids-lourds Bruno Le Maire (Economie, finances et souveraineté industrielle et numérique), qui obtient le statut de N.2 du gouvernement, Gérald Darmanin (Intérieur) et surtout Eric Dupond-Moretti (Justice), malgré des relations conflictuelles avec les syndicats de magistrats. Clément Beaune reste pour sa part le M. Europe de l'exécutif, et Franck Riester au Commerce extérieur.

L'essentiel du mouvement s'apparente à un jeu de chaises musicales, ce qui fait dire à l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon que "sous les apparences ternes et grises, sans audace, on y retrouve les principales figures de la maltraitance sociale et de l'irresponsabilité écologique du précédent gouvernement".

"Un gouvernement de droite qui se moque complètement de l'écologie et du social", a abondé Julien Bayou, secrétaire national d'EELV.

C'est ainsi qu'Amélie de Montchalin (ex-Fonction publique) devient ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires et qu'Agnès Pannier-Runacher (ex-Industrie) obtient le porte-feuille de ministre de la Transition énergétique.

Les deux femmes formeront avec Elisabeth Borne, directement chargée de la planification écologique et énergétique, le triumvirat "écolo" du gouvernement.

"Une organisation inédite dans ce domaine", a souligné Mme Borne, qui plaide pour "décliner" la transition écologique "dans toutes les politiques publiques".

Sébastien Lecornu (ex-Outre-mer) décroche pour sa part les Armées en remplacement de Florence Parly. Marc Fesneau (ex-Relations avec le Parlement) ira à l'Agriculture, son prédécesseur Julien Denormandie ayant indiqué vouloir désormais se consacrer à sa famille.

Brigitte Bourguigon (ex-Autonomie) prend du galon en allant à la Santé, tandis que le ministère du Travail échoit à Olivier Dussopt (ex-Budget), avec la réforme des retraites en toile de fond.

Figure de la gestion de la crise Covid, Olivier Véran prend en charge les Relations avec le Parlement, tandis que Gabriel Attal est envoyé aux Comptes publics. Olivia Grégoire lui succède au porte-parolat.

Le gouvernement d'Élisabeth Borne

Le gouvernement d'Élisabeth Borne

- AFP

Parmi les entrants politiques, l'arrivée de Damien Abad traduit la poursuite de la fracturation de la droite par Emmanuel Macron. Ancien patron des députés LR, qui a claqué cette semaine la porte de son parti, obtient un ministère des Solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Proche d'Edouard Philippe, le maire d'Angers Christophe Béchu est nommé ministre délégué en charge des collectivités territoriales.

- Ministres en réserve -

Et quelques marcheurs historiques sont récompensés, au premier rang desquels le patron du parti Stanislas Guerini, ministre de la Transformation et de la fonction publiques, la présidente de la Commission des Lois de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet, promue aux Outre-mers, ou encore Amélie Oudéa-Castera, ancienne DG de la Fédération de tennis (FFT), qui accède aux Sports.

Stanislas Guerini, nommé ministre de la Transformation et de la Fonction publique, le 20 mai 2022 à Paris

Stanislas Guerini, nommé ministre de la Transformation et de la Fonction publique, le 20 mai 2022 à Paris

BERTRAND GUAY - AFP

La présidente de l'Université Paris-Saclay Sylvie Retailleau prend la tête de l'Enseignement supérieur et la Recherche, et la magistrate Isabelle Rome sera chargée de l'égalité femmes-hommes.

Ce nouveau gouvernement, qui doit se réunir en Conseil des ministres lundi, mènera la bataille des législatives des 12 et 19 juin, qui pourrait donner lieu à une autre vague de nominations.

Il devra aussi rapidement monter au front sur le sujet du pouvoir d'achat, dans un contexte inflationniste. "On a bien entendu le message des inquiétudes des Français", a assuré Mme Borne, rappelant que le premier projet de loi de son mandat comprendra un paquet de mesures sur la question.

Mais les ministres devront aussi se faire discrets sur leurs champs, la période de réserve débutant... lundi.

Par Jérôme RIVET, Valérie LEROUX avec le service politique de l'AFP / Paris (AFP) / © 2022 AFP