Michel Onfray : "Il y a une dictature du capitalisme beaucoup plus subtile qu’un autoritarisme policier"

Michel Onfray, philosophe, essayiste, auteur de "Théorie de la dictature" (Robert Laffont), était l’invité d’André Bercoff mardi 28 mai, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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Michel Onfray : "un pouvoir c'est forcément mauvais"

André Bercoff reçoit Michel Onfray et commence par le citer : "Comment peut-on aujourd'hui instaurer une dictature d'un type nouveau ? J'ai dégagé sept temps principaux : 'détruire la liberté, appauvrir la langue, abolir la vérité, supprimer l'histoire, nier la nature, propager la haine, aspirer à l'empire". Le philosophe répond ensuite à la question de savoir si les textes d'Orwell, auxquels il fait référence, et les dictatures qui ont traversé le XXe siècle ne sont pas passéistes ? "Surtout pas ! Il y a de grands textes de philosophie politique, tout le monde est d'accord là-dessus : le prince de Machiavel, le contrat social de Rousseau, le Léviathan de Hobbes... Et puis, personne n'intègre 1984 et La ferme des animaux parce qu'on estime que ce sont des romans, et qu'il faut laisser cela à la littérature. Ce sont des fables et comme celles de La Fontaine, ça n'aurait aucune portée politique. Au contraire..."

L'essayiste s'explique : "Je pense que ce sont de grands textes politiques. Orwell décrit un monde daté, mais il propose des catégories qui sont susceptibles d'être utilisées avant, pendant et après le moment où il écrit. C'est-à-dire que ses catégories fonctionnent aussi bien avec Cromwell, avec Gengis Khan, avec Tamerlan, mais aussi Lénine et Hitler qui sont ses contemporains. Et ça fonctionne aussi avec les dictatures actuelles qui ne sont pas forcément casquées, bottées". André Bercoff l'invite alors a précisé de quelles dictatures il s'agit. Michel Onfray répond : "Je ne suis pas sûr qu"il existe un pays où la démocratie soit grande, belle, formidable... Et là, c'est l'anarchiste qui parle : un pouvoir, je pense que c'est forcément mauvais".

" L'Occident fait du capitalisme une vérité absolue"

"Le monde judéo-chrétien, l'Occident, fait du capitalisme une vérité absolue. Il y a une dictature de ce capitalisme de manière beaucoup plus subtile que jadis. Jadis, la CIA fomentait les coups d'État au Chili pour faire tomber Allende et les choses étaient très claires. Mais alors que le Mur de Berlin est tombé et qu'il n'y a plus de pays de l'Est, ça a pris une tournure différente, et plein d'objets sont entrés dans notre vie, que Orwell n'a pas connus comme le téléphone portable. Réfléchir à la société de contrôle sans parler de téléphone portable, ça n'est ni possible ni pensable. Il n'y a pas que le portable, l'ordinateur aussi ! Toutes les informations que nous donnons, ça fait que l'on n'a plus besoin d'une police casquée, armée, bottée puisque nous faisons nous-mêmes le travail de la police. Nous sommes nous-mêmes les informateurs de notre propre existence". Selon l'auteur, nous sommes contrôlés via Internet, puisque lorsque l'on cherche le poème d'un auteur, un peu plus tard dans la journée on sera contacté pour trouver le livre d'occasion. André Bercoff lui répond qu'il n'y a pas de mal à cela et que personne ne nous oblige à acheter cet ouvrage.

"Je pense que cela va beaucoup plus loin. Au bout du compte, tout ça va produire des résultats le jour où l'on va voter, le jour où on va avoir une opinion particulière. C'est ce qui fait que l'on va consommer, que l'on va acheter. On consomme des biens culturels, des vêtements, des produits, de l'alimentation. Globalement, c'est beaucoup plus subtil. Jadis, on se retrouvait avec une balle dans la tête. Aujourd'hui, on se retrouve avec un cancer de la prostate, avec une maladie d'Alzheimer, simplement parce que l'on aura consommé des aliments produits par le complexe industriel. La technologie de l'alimentation fait que l'on n'est pas étonné de produire des dérèglements hormonaux, des perturbateurs endocriniens, dont j'estime qu'elles constituent une guerre à bas bruit ! Au final, on ne tue plus avec des gens armés, mais on nous fait manger des produits qu'on aura achetés et qui vont générer des maladies qui vont entraîner des pandémies". Il résume sa pensée ainsi : "Il y a une dictature du capitalisme beaucoup plus subtile qu’un autoritarisme policier".

 

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