Meurtre de Julien Videlaine: Muhittin Ulug condamné à 20 ans de réclusion pour un "acte barbare"

Il avait massacré le petit ami de sa fille à coups de couteau après avoir surpris le couple nu au domicile familial en 2014: Muhittin Ulug, un restaurateur franco-kurde de 52 ans, a été condamné jeudi à 20 ans de réclusion criminelle.

LOIC VENANCE - AFP/Archives

Il avait massacré le petit ami de sa fille à coups de couteau après avoir surpris le couple nu au domicile familial en 2014: Muhittin Ulug, un restaurateur franco-kurde de 52 ans, a été condamné jeudi à 20 ans de réclusion criminelle.

La cour d'assises de l'Oise n'a pas suivi l'avocat général, qui avait requis 30 ans pour cet acte "barbare", qui "questionne la promesse républicaine".

La défense de l'accusé a indiqué qu'il n'y aurait pas d'appel, Me Frank Berton saluant une décision "empreinte d'humanité, de sagesse".

Le père de la victime, Claude Videlaine, s'est lui déclaré "satisfait". "Une peine de 30 ans, il y aurait eu le risque d'un procès en appel. Il aurait fallu revivre tout ça". Mais "nous, on est condamnés pour le restant de notre vie", a-t-il souligné.

"Ce 24 juillet 2014, Muhittin Ulug s'est comporté comme un barbare", avait lancé dans son réquisitoire Michel Mazars. Il a tué Julien Videlaine, 20 ans, dans un "véritable déchaînement de violence", le frappant de "19 coups de couteau", même "lorsqu'il était à terre", pour "la simple raison (...) qu’il venait sans doute d’avoir des relations sexuelles avec sa fille", a-t-il fustigé.

"Ce dossier brasse de vrais enjeux de société", qui ont "trait à la place des femmes, la question du vivre ensemble", a-t-il lancé aux jurés.

- Amour interdit -

L'accusé est resté tout au long du procès sur sa version d'un passage à l'acte pour protéger sa fille, alors âgée de 19 ans, qu'il croyait agressée. "J'ai perdu l'esprit", croyant ma fille "en danger", a-t-il encore répété mercredi.

Mais à son entrée "il prend la précaution de se déchausser", "de s'armer d'un couteau". Il "entend des voix, une discussion normale. Pas de scène de désordre, pas de traces d’effraction, pas d’appel aux secours", réplique Michel Mazars. "Lorsqu’il voit sa fille, elle n’est pas agressée" et Julien Videlaine "est nu, désarmé".

La vérité, "elle est dans la parole de sa fille" après le drame, tranche-t-il. Blessée à la main, cette dernière jure alors aux policiers avoir tenté de s'interposer entre son père et Julien, qu'elle aimait et voyait contre la volonté de ses parents.

Elle évoque alors le traditionalisme de son père, qui interdisait à ses filles toute relation amoureuse. Placée sous protection policière, elle a un temps vécu en foyer.

A la barre, elle s'est accablée mercredi, affirmant, en larmes, être la "seule responsable" pour n'avoir "pas fait les choses dans les règles" de sa famille. "Tu n'es pas coupable", lui a dit la soeur de la victime.

- "Devenu fou" -

Muhittin Ulug s'est comporté "comme un lâche" en fuyant en Turquie, dont il ne sera extradé qu'en 2019 après un long combat de la famille Videlaine, assène encore l'avocat général.

Au moment du drame, lui et son épouse "savent" que leur aînée est, selon leur conception, "en train de sortir du droit chemin". Il s'en prend alors à celui "qui vient matérialiser" cette perte de contrôle, poursuit-il.

"C'est l'acte d'un homme qui est devenu fou", en voyant sa fille "nue avec un inconnu", qui a voulu "effacer cette scène", a plaidé en défense Frank Berton.

"On est le produit de sa culture", tente-t-il d'expliquer. Dans la conception de l'accusé, "on respecte la femme à partir du moment où elle respecte les traditions".

"Il est fruste. Une +capacité intellectuelle limitée+", insiste-t-il encore. "On parle de +crime d'honneur+, mais il n'y a pas d'honneur à tuer un homme". Dans le box, l'accusé acquiesce, en larmes.

"Les Kurdes n'ont pas armé M. Ulug. Heureusement les cultures évoluent", et la vision qu'a l'accusé de "traditions ancestrales qui n'ont plus lieu d'être" n'est "pas celle des Kurdes", mais un "dévoiement", tranche l'avocat général.

Par Elia VAISSIERE, Valérie AURIBAULT / Beauvais (AFP) / © 2022 AFP