Mediator : "c'est en toute connaissance de cause que ce laboratoire a exposé les victimes à ce médicament dangereux"

370 avocats, plus de 4.000 parties civiles, 120 témoins et 23 prévenus : le procès hors-normes du Mediator s'ouvre le 23 septembre et pour six mois au tribunal de grande instance de Paris. Neuf ans après les premières procédures, la justice va donc se pencher au niveau pénal sur ce médicament des laboratoires Servier, prescrit comme coupe-faim, et qui serait responsable de plus de 2.000 morts. Un scandale révélé en 2010 par la pneumologue Irène Frachon. Alexandre de Moussac de Sud Radio l'a rencontrée.

Le procès du Mediator s'ouvre le 23 septembre pour six mois au tribunal de grande instance de Paris.

Les milliers de victimes du Mediator attendaient ce jour, il est arrivé. Près de 10 ans après la révélation du scandale sanitaire, le procès contre les laboratoires Servier et l'agence nationale de sécurité du médicament s'ouvre à Paris et pour six mois. Un soulagement, notamment, pour les 250 victimes qui seront représentées par l'avocat Charles Joseph-Oudin.

 

"La justice, même si elle est très importante, ne va pas réparer les dégâts irréversibles"

Après presque dix ans d'attente, Irène Frachon est bien sûr soulagée que ce procès ait lieu, mais triste aussi : "c'est teinté d'émotion, en pensant aux victimes qui ne seront plus là pour assister à ce procès, qui sont décédées ces dernières années, et à celles qui sont épuisées, qui sont à bout, et qui me rappellent que la justice, même si elle est très importante, ne va pas réparer les dégâts irréversibles".

Réparer non, indemniser oui. Le groupe Servier a versé au total plus de 130 millions d'euros à 3.700 patients pour qu'ils ne témoignent pas au procès. "L'achat du silence contre indemnisation, c'est quelque chose que nous avons très régulièrement dénoncé, explique Irène Frachon. D'une certaine façon, je parle aussi en leur nom".

"C'est en toute connaissance de cause que ce laboratoire les a exposées à ce médicament dangereux"

Il y aura un absent de marque pendant ces six mois de procès : Jacques Servier, fondateur de l'entreprise qui porte son nom, mort à 92 ans. Mais ce n'est un regret pour Irène Frachon : "ce qui doit ressortir de ce procès, c'est la justice pour les victimes, qui considèrent qu'elles ont été empoisonnées. Ça n'est pas un accident industriel, ça n'est pas un aléa thérapeutique, c'est en toute connaissance de cause que ce laboratoire les a exposées à ce médicament dangereux".

Citée à la fois comme témoin du parquet et du groupe Servier, Irène Frachon a décidé de ne pas s'exprimer publiquement pendant toute la durée du procès.

Les laboratoires Servier et l'agence nationale de sécurité du médicament seront sur le banc des prévenus, pour les chefs de tromperie aggravée, escroquerie, blessures ou encore homicides involontaires. Pour l'avocat Charles Joseph-Oudin, qui représente 250 victimes, des mesures exemplaires doivent être appliquées.