Martyre du petit Smaël: 20 ans de réclusion pour la mère, sept pour le père

La mère et le père du petit Smaël, nourrisson mort de faim et sous les coups en 2018, ont été condamnés jeudi respectivement à 20 ans de réclusion et sept ans d'emprisonnement, l'une pour les violences mortelles et tous deux pour l'avoir privé de soins.

FRANCK FIFE - AFP/Archives

La mère et le père du petit Smaël, nourrisson mort de faim et sous les coups en 2018, ont été condamnés jeudi respectivement à 20 ans de réclusion et sept ans d'emprisonnement, l'une pour les violences mortelles et tous deux pour l'avoir privé de soins.

La Cour d'assises de la Marne a suivi les réquisitions de l'avocate générale en condamnant Arlette N., une Ivoirienne de 25 ans sans titre de séjour, à 20 ans de réclusion pour "violences habituelles et volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", et "privation de soins ou d'aliments" au point de compromettre la santé. La peine a été assortie de cinq ans de suivi socio-judiciaire.

La Cour a en revanche prononcé une peine de sept ans, inférieure aux réquisitions (15 ans), pour le père Oumar B., 37 ans, reconnu coupable de "privation de soins ou d'aliments", de "non dénonciation de mauvais traitements" et de "non assistance à personne en péril", mais acquitté des faits de violence.

"Arlette N. a reconnu qu'elle frappait (Smaël) quand il ne voulait pas manger (...) Quant on est deux c'est plus gérable. Mais Oumar B. préfère être un gamin qui ne pense qu'à lui", avait lancé l'avocate générale Sandrine Delorme lors de son réquisitoire.

Le petit garçon avait été découvert par les secours en arrêt cardio-respiratoire dans un appartement de Reims en octobre 2018, à la suite d'un appel des parents. Constatant l'état de malnutrition et les multiples traces de violences, les secours avaient alerté la police. Malgré les tentatives de réanimation, Smaël décédait quelques heures plus tard.

Arlette, mère d'un enfant plus âgé, placé, "a craqué parce qu'elle a une personnalité qui présente des failles. Elle a été battue. Cela occasionne des carences. Mais tous les enfants carencés ne commettent pas l'irréparable", a soutenu Mme Delorme, rejetant une quelconque altération du jugement chez l'accusée. Quant à Oumar, il "ne peut pas prétendre qu'il n'a rien vu", a-t-elle dit.

Au cours des débats, les deux parents ont déclaré "regretter" ce qui s'est passé. La mère - dépeinte par l'expertise psychiatrique comme "une personnalité carencée avec une intelligence faible et un état dépressif sévère" - a reconnu des "claques", "jets d'objets" et une privation de soins.

Elle a assuré avoir suivi les règles éducatives du père, qui a lui nié toute participation au martyre de l'enfant, mais a "accepté" devant la cour qu'on lui "reproche de ne pas s'en être assez occupé".

"Je regrette ce qui s'est passé", a réitéré Arlette avant que la cour ne se retire, Oumar déclarant n'avoir "rien à ajouter".

Ce verdict est "difficile pour madame. Mais la peine est logique. Les faits sont quand même très graves", a commenté auprès de l'AFP l'avocate d'Arlette N., Lydie Laithier. Dans sa plaidoirie, elle avait décrit une femme "cabossée", elle-même victime de maltraitance en Côte d'Ivoire, qui s'est "effondrée après la naissance de ses enfants".

La peine prononcée contre Oumar B. "est une très grande satisfaction qui correspond à la version de mon client", a de son côté déclaré l'avocat du père, Simon Miravete. Plus tôt, il avait assuré qu'Oumar "vivait dans une certaine crainte" de sa compagne, "sous emprise".

"C'est un écart de peine difficile à comprendre compte tenu du huis clos familial. Pour autant, juridiquement, le père a écopé de la peine maximale" a réagi l'avocate de l'association Innocence en danger, Me Nathalie Bucquet.

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