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Mahammad Mirzali, le blogueur azerbaïdjanais qui vit "dans la peur permanente"

Il est sous escorte policière 24H/24, a été victime d'une tentative d'assassinat en plein jour à Nantes et attend le procès mardi de neuf agresseurs présumés ou complices: le blogueur Mahammad Mirzali, farouche opposant au régime au pouvoir en Azerbaïdjan, vit "dans la peur permanente".

Loic VENANCE - AFP/Archives

Il est sous escorte policière 24H/24, a été victime d'une tentative d'assassinat en plein jour à Nantes et attend le procès mardi de neuf agresseurs présumés ou complices: le blogueur Mahammad Mirzali, farouche opposant au régime au pouvoir en Azerbaïdjan, vit "dans la peur permanente".

Âgé de 32 ans, le blogueur, allure mince, cheveux courts bien peignés et barbe de trois jours, qui compte environ 500.000 abonnés sur YouTube et Facebook, a le corps criblé de cicatrices. Une des plus importantes est située derrière la nuque, trace visible de son agression le 14 mars 2021 à Nantes, où il a "cru mourir".

Né le 5 février 1994, Mahammad Mirzali grandit à Goychay, ville de 100.000 habitants à l'ouest de Bakou, avec un père électricien hostile au pouvoir du président Ilham Aliev.

Après avoir manifesté contre le régime, Mahammad Mirzali explique ne pas avoir pu s'inscrire en histoire à l'université "en raison de la corruption". Il effectue 18 mois pour le service militaire, où il dit être victime de multiples tabassages en raison de son hostilité au pouvoir.

En 2015, Mahammad Mirzali, qui travaille dans un garage, décide d'ouvrir le blog "Made in Azerbaijan" sur Facebook où il dénonce les atteintes à la démocratie et les violations des droits humains. En raison d'intimidations et de violences, il s'exile, comme d'autres blogueurs azerbaïdjanais, et part en France, où il acquiert le statut de réfugié politique à seulement 22 ans.

Le blogueur et opposant au régime au pouvoir en Azerbaïdjan, Mahammad Mirzali, pose le 6 mai 2022 à Nantes

Le blogueur et opposant au régime au pouvoir en Azerbaïdjan, Mahammad Mirzali, pose le 6 mai 2022 à Nantes

Loic VENANCE - AFP/Archives

Après être passé par Paris, Laval et Perpignan, il s'installe à Nantes. Livreur pour un restaurant, il a été victime d'une première tentative d'assassinat à Nantes en octobre 2020, alors qu'il se trouvait dans sa voiture, le tir d'une balle d'un homme au visage dissimulé finissant dans une épaule.

Puis vient l'agression de mars 2021, où il reçoit "une quinzaine de coups de couteau" et subit une opération de plus de six heures.

- "Ma vie, elle est morte" -

Sous anti-dépresseurs, Mohammad Mirzali mène une vie de reclus, dans des endroits tenus secrets et ne peut quitter son domicile que sous escorte.

"C'est comme si je suis en prison. Je n'ai pas d'amis, pas de copines, il n'y a rien", explique-t-il à l'AFP d'une voix déprimée.

"Je suis très stressé par le procès, je ne dors pas bien, je n'arrive pas à bien manger. Je n'arrive pas à éviter les douleurs", ajoute-t-il, expliquant être toujours la cible de menaces de mort sur les réseaux sociaux.

Il indique à l'AFP être toujours actif dans ses blogs et critique le régime du président Ilham Aliev, au pouvoir depuis 2003.

Mahammad Mirzali "continue de parler malgré plusieurs tentatives d’assassinat, des menaces constantes et une vie sous protection. Cela exige un courage exceptionnel", relève Jeanne Cavelier, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale à Reporters sans frontières (RSF).

"Mais il ne devrait jamais revenir à un journaliste exilé de choisir entre se taire ou vivre caché pour survivre. Son cas illustre jusqu'où certains régimes sont prêts à aller pour faire taire leurs critiques, même au-delà de leurs frontières", ajoute Mme Cavelier.

Pour son avocat Me Henri Carpentier, Mahammad Mirzali "sait très bien" que ce procès "ne sera pas le point final de son histoire. Il a la certitude que les menaces ne vont pas cesser avec le procès".

Si Mahammad Mirzali attend avec impatience de se retrouver dans la majestueuse salle de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine au Parlement de Bretagne, il sait qu'une fois le verdict de la cour prononcé, probablement le 12 juin, sa vie de reclus continuera. Comme il le dit d'une voix glaçante dans un français encore un brin hésitant: "ma vie, elle est morte".

Par Benjamin MASSOT / Rennes (France) (AFP) / © 2026 AFP

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