Euthanasie: "Ma femme a ouvert elle-même la perfusion, puis est morte tout doucement, trois minutes après"

Faut-il légaliser l’euthanasie ? Une proposition de loi pour une "fin de vie libre et choisie" est examinée ce jeudi à l’Assemblée. Le texte du député Olivier Farloni (du groupe Libertés et Territoires) prévoit un droit à l’euthanasie pour les malades d'une pathologie incurable. Malgré la mobilisation de 270 députés de tous bords en sa faveur, le texte a peu de chance d’être adopté dans les temps. Quelques 3000 amendements ont été déposés, la plupart par des parlementaires LR. Une opposition que ne comprend pas ce varois qui a dû emmener sa femme mourir à l’étranger il y a quelques années.

Un homme lisant un document lors de l’assemblée générale de l’ADMD "Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité" le 14 octobre 2017. (Photo Xavier Leoty / AFP)
Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

La douleur était devenue à ce point insupportable qu’à tout juste 60 ans, Mireille a décidé d’aller mourir en Suisse accompagnée par son mari Michel Philippin. "Ma femme est victime d'un accident médical. Elle en a gardé des séquelles sous forme de douleurs neuropathiques qui sont d'une violence inouïe. Rien ne la soulage, même pas la morphine à haute dose... Elle a décidé que, le seul moyen de s'en sortir, c'était de mourir..." Un choix murement réfléchi pendant cinq ans. Et c’est elle qui a tout décidé jusqu’au dernier moment insiste son compagnon:

"Déjà en Suisse, il y a tout une procédure. On a redemandé à ma femme si elle voulait bien mourir. Elle a ouvert elle-même la perfusion, puis elle est morte tout doucement, trois minutes après..."

 

Aujourd’hui Michel Philippin se bat pour les autres familles qui n’ont pas les 8000 euros nécessaires pour aller à l’étranger. Il milite pour l’ADMD, l’association pour le droit de mourir dans la dignité. "Le projet de loi est très très bien. On doit les aider à mourir doucement. 3000 amendements déposés, toujours par les mêmes personnes qui étaient contre la contraception, l'IVG... C'est une véritable obstruction parlementaire." Selon le député Olivier Falorni à l’origine de ce projet de loi, il y aurait en France chaque année entre 2000 et 4000 euthanasies clandestines pratiquées parfois à l’insu des proches des malades.

 

"C'est malheureux d'être obligé d'aller à l'étranger pour avoir ce que je considère être un dernier soin médical. Cela coûte cher, 8000 euros, une somme exorbitante. Donc c'est réservé aux gens privilégiés, c'est un véritable scandale. Il y a un moment où une personne peut décider que, pour ne plus souffrir, il n'y a plus de solution médicale, et la seule solution est la mort. Donc ces gens, on doit les aider à mourir doucement dans la dignité, et on en a les moyens médicaux, mais c'est toujours interdit en France !" - Michel Philippin

 

"On parle plutôt d’une aide active à mourir"

Benjamin Mattely, administrateur de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, Co-responsable des Jeunes ADMD, était l’invité de Patrick Roger le 8 avril, dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

"Avoir un choix volontaire sur la fin de vie"

Pourquoi l’euthanasie telle qu’elle est défendue par l’ADMD serait-elle une avancée démocratique ? "C’est une liberté et une demande des français d’avoir une option en plus, explique Benjamin Mattely, co-responsable des Jeunes ADMD. On est sur une loi qui n’impose rien à personne et surtout permet d’avoir un choix volontaire sur la fin de vie qui respecte la volonté du patient."

"Aujourd’hui, il n’y a pas assez de possibilités. On a des français qui partent à l’étranger, c’est une demande." Pourtant la loi Léonetti permet bon nombre de choses. "Elle permet effectivement la sédation longue et continue. Mais elle ne résout pas tous les problèmes et n’est pas appliquée, estime l’administrateur de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Il y a eu moins de sédations après la loi qu’avant."

 

 

"Un acte réalisé par un médecin"

De nombreux médecins ne sont pas favorables à l’euthanasie, arguant du fait qu’ils sont là pour soigner et non pour tuer. "Nous sommes sur des personnes souffrant de maladies incurables, estime Benjamin Mattely. De toutes façons, la maladie va les tuer et les médecins ne peuvent plus rien faire." Quelle différence avec le suicide assisté ? "L’euthanasie, c’est le médecin qui injecte le produit létal ; le suicide assisté, c’est le patient. C’est la différence existant entre la situation en Belgique et en Suisse. On parle plutôt d’une aide active à mourir qui va englober ces deux cas, un acte réalisé par un médecin, avec une clause de conscience."

Pour autant, serait-ce indigne de vouloir vivre tout en souffrant d’une maladie incurable ? "Nous ne sommes pas des militants de l’euthanasie, mais du libre choix. Si vous voulez finir votre vie naturellement, c’est votre droit." Du fait des nombreux amendements déposés, il est peu probable que ce texte soit adopté. "Nous sommes sur une niche parlementaire, il faut que les débats soient finis avant minuit. Nous n’avons jamais eu autant de députés favorables à ce texte."

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