"Les gens comme nous, on va mourir, mais vraiment à petit feu"

Abdel, sans-abri, tente de survivre mais le froid et le couvre-feu compliquent son quotidien déjà très difficile. Reportage de Clément Bargain.

La crise sanitaire et maintenant le couvre-feu à 18 heures isolent et compliquent la vie des sans-abri, alors que l’hiver et le froid arrivent. (Photo by Tolga Akmen / AFP)

Moins présentes dans les médias, les personnes sans domicile fixe ont également été durement touchées par la pandémie de Covid-19, les mesures sanitaires et la situation en général. Les associations font de leur mieux pour leur venir en aide, un travail compliqué cet hiver 2020-2021 car à la pandémie s’ajoute désormais le froid.

Faute de place d’hébergement, des centaines de sans-abri se retrouvent sans solution et tentent de survivre. Une situation critique exacerbée par le couvre-feu à 18 heures qui rend totalement désertes les rues de France. Reportage de Clément Bargain.

"Le froid nous attaque"

Dans le 17e arrondissement, à la nuit tombée, Abdel, sans-abri, cherche un lieu à l’abri pour pouvoir passer la nuit. "Si on trouve une cage d’escaliers ouverte, on essaye de rentrer dedans. Sinon, on marche." S’il peut ainsi se reposer "5 minutes, 10 minutes" sur un banc, ce n’est pas une solution : "le froid nous attaque".

"Les restos ferment, les épiceries ferment, les gens comme nous, on va mourir, mais vraiment à petit feu"

Comme lui, sa femme, Rania, et son fils Sofian âgé de 6 ans, ont vu leur quotidien devenir de plus en plus compliqué depuis que le couvre-feu à 18 heures a été instauré dans toute la France. "Avant, quand c’était 20 heures, ça allait parce que les gens, ils rentraient chez eux, ils étaient tranquilles." Mais maintenant, avec ce couvre-feu avancé, "ça veut dire que les gens à 17h30, ils rentrent chez eux. Il n’y a rien", explique Abdel.

"Les restos ferment, les épiceries ferment, les gens comme nous, on va mourir, mais vraiment à petit feu."

 

"Si on n’a pas une bouteille d’eau avec nous, on se fait dessus"

Le couvre-feu rend plus compliqué de trouver de l’argent pour payer une chambre d’hôtel pour la nuit, tandis que les rues désertes augmentent le sentiment de solitude. Les toilettes publiques aussi, ferment, empêchant les sans-abri de les utiliser : "là, maintenant, c’est fermé à partir d’une certaine heure. 18H30, c’est fermé", confie Abdel. "Ça veut dire que nous, qui sommes SDF, si on n’a pas de papier sur nous, si on n’a pas une bouteille d’eau avec nous, on se fait dessus."

 

"Ils sont débordés, et il n’y a plus de place"

Quant aux hébergements d’urgence, ils ne sont que très rarement d’utilité, étant saturés. "Il faut appeler à chaque fois, demander à chaque fois." Les appels, il faut les répéter toute la journée, "de 6h du matin jusqu’à peut-être 17h". "La mairie ? C’est pareil, il faut faire des demandes et des demandes. Ils sont débordés, et il n’y a plus de place."

 

Tandis que la situation sanitaire n’évolue pas de manière positive, la pire crainte d’Abdel augmente : celle d’un reconfinement généralisé qui serait synonyme d’un isolement encore plus important.

 

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