"Les accidents ne sont pas déclarés. On est à côté d'une bombe, là !"

5253 tonnes de produits chimiques détruits dans l'incendie Lubrizol à Rouen, révèle la préfecture de Seine-Maritime. Opération transparence le jour même où une autre usine SEVESO du pays rouennais, Boréalis, arrête sa production suite à un autre incendie. Hasard du calendrier - décidément ! -c'était aussi ce mercredi qu'une manifestation était organisée à Rouen.

L'usine SEVESO Boréalis du Grand-Quevilly, près de Rouen, a dû s'arrêter à cause d'un incendie, le jour même d'une manifestation réclamant la transparence après l'incendie de l'usine Lubrizol. (Lou BENOIST / AFP)

Reportage Sud Radio de Thibaut Gauthier à Grand-Quevilly:

les riverains de l'usine Boréalis connaissent la situation mais restent inquiets

Au Parquet, petit bar PMU a une centaine de mètres des grilles barbelées de l'usine Boréalis, on ne parle que de l'incident matinal. Le site classé SEVESO, victime d'un incendie, a immédiatement fermé pour la journée. Christophe habite près de l'usine, il y a travaillé, et mesure le danger:
"Les accidents ne sont pas déclarés, on les cache au maximum. Donc forcément les gens ne sont pas au courant et n'ont pas peur. Pour eux, il n'y a pas d'incident, y'a pas de problème... On est à côté d'une bombe, là !" - Christophe
Thierry, lui,  pense que l'accident de Lubrizol la semaine dernière a changé la donne: "Si n'y' avait pas eu l'accident chez Lubrizol, Boréalis aurait maintenu sa production et n'aurait pas fermé son site, j'en suis persuadé. Il y a une prise de conscience car les gens manifestent et ont peur, donc ils ont décidé de fermer... Mais je pense que cette prise de conscience est éphémère !"
Depuis sa maison, Domingos voit les cheminées de l'usine Boréalis dans laquelle il travaille. Pour lui l'usine aurait été fermé même sans Lubrizol la semaine dernière. "Des transfos qui ont grillé cette nuit. C'est ce qui amène tout ce qui est électricité à l'usine donc ils sont obligés d'arrêter l'unité. Y'a plus de courant dans toute l'usine ! Je pense qu'ils auraient été obligés de l'arrêter, de toute manière".
"La surprise, les pompiers... Ils nous ont dit de retourner chez nous. Ils vont nous prévenir quand on pourra revenir travailler." - Domingos
L'usine Boréalis fabrique de l'engrais, comme l'ancienne usine AZF de Toulouse.

 

Des manifestants réclament la vérité à Rouen. (LOU BENOIST / AFP)

Manifestation pour la vérité

Environ 2000 personnes ont manifesté mercredi soir à Rouen pour réclamer la vérité au sujet des conséquences sur la santé et l'environnement de l'incendie de l'usine Lubrizol. De nombreuses pancartes comme : "Une usine chimique qui brûle sans toxicité c'est comme une tarte aux fraises sans les fraises?", ou encore "Ils cachent la vérité, à nous tous d'enquêter". Parmi les manifestants, le député européen EELV Yannick Jadot. Pour lui, cet accident industriel doit devenir un exemple, dont le gouvernement doit tirer toutes les conséquences:
"Il va falloir revoir tous les protocoles d'intervention, déplacer toutes les usines dangereuses quand elles sont  dans la densité de la population. Peut-être, parfois, vérifier si ce qu'on produit en chimie est intéressant ou pas... Car si on voulait sortir des pesticides, ça serait pas mal d'arrêter d'en produire ! Le gouvernement doit tirer toutes les leçons en terme de mobilisation des secours, de rotection des secours, de protection salariés et des habitants, et puis qu'il en tire toutes les leçons en terme d'autorisation, de contrôle et d'inspection des sites industriels"
- Yannick Jadot, au micro de Thibaut Gauthier

 

"Pas de risque avéré lié à l'amiante"

5253 tonnes de produits chimiques détruits dans l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen la semaine dernière. Ce mercredi soir, la préfecture de Seine-Maritime a publié la liste des éléments présents sur le site sinistré. C'était une promesse du premier ministre Edouard Philippe, pour tenter de rassurer, de jouer la transparence. La préfecture de Normandie a assuré mardi qu'il n'y avait pas de "risque avéré" lié à l'amiante dans l'air, selon les premiers relevés réalisés vendredi, au lendemain de l'incendie. Par ailleurs, "160 fûts en état délicat" doivent encore être évacués du site industriel, a indiqué le préfet de Normandie Pierre-André Durand. "En ce qui concerne l'amiante dans l'air, on est sur le bruit de fond des fibres d'amiante dans l'air, des niveaux extrêmement faibles", a assuré Patrick Berg, directeur de la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (Dreal) de Normandie. "On peut estimer qu'avec cette première série de relevés, il n'y a pas de risque lié à l'amiante. Ce risque n'est pas avéré".

L'usine Lubrizol après l'incendie. (LOU BENOIST / AFP)