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Le RN à l'épreuve de ses députés "brebis galeuses"

L'excommunication ou le pardon ? Le nouveau groupe parlementaire du Rassemblement national à l'Assemblée va devoir se pencher sur le cas de plusieurs de ses nouveaux députés épinglés ces derniers jours pour des sorties racistes, climato-sceptiques ou complotistes.

Thomas SAMSON - AFP/Archives

L'excommunication ou le pardon ? Le nouveau groupe parlementaire du Rassemblement national à l'Assemblée va devoir se pencher sur le cas de plusieurs de ses nouveaux députés épinglés ces derniers jours pour des sorties racistes, climato-sceptiques ou complotistes.

Mercredi, confronté à la bande sonore d'un député sortant de l'Yonne, Daniel Grenon, qui lâchait qu'un "Maghrébin binational" n'a pas "sa place dans les hauts lieux", M. Bardella avait condamné des "propos abjects" et promis la tenue d'une "commission des conflits" au sein de son parti.

"Tous ceux qui tiennent des propos qui ne sont pas conformes à mes convictions seront mis à la porte", avait-il assuré, en évoquant "cinq brebis galeuses".

Faut-il désormais considérer M. Grenon, réélu dimanche soir, comme un député non-inscrit, et non membre du groupe RN, tel que M. Bardella semblait l'indiquer ?

Marine Le Pen avait pour sa part désavoué une figure du parti, le député sortant de la deuxième circonscription du Loir-et-Cher Roger Chudeau, lui aussi réélu, après ses propos sur l'ancienne ministre socialiste de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, une "Franco-marocaine" dont la nomination fut une "erreur", estimait-il, en évoquant plus largement un risque de "double loyauté" des binationaux.

Mais la triple candidate malheureuse à l'élection présidentielle n'avait pas précisé dans quelle catégorie elle rangeait le fautif, selon son distinguo entre des propos "inadmissibles", qui doivent entraîner "très certainement des sanctions", et des "maladresses", en référence par exemple à une candidate en Mayenne qui avait récusé tout racisme du parti en mettant en avant son "ophtalmo, un juif" et son "dentiste, un musulman". L'intéressée s'est finalement largement inclinée au second tour.

Quid de Florence Joubert, élue dimanche dans la troisième circonscription de Dordogne, qui avait estimé sur Twitter (X) que "le gouvernement Macron" tentait "d'opérer un véritable lavage de cerveau et lessivage de notre résistance à l'envahisseur" en distillant "la culture islamique" ?

Ou de René Lioret, nouveau député de la cinquième circonscription de Côte-d'Or, qui contestait la réalité du réchauffement climatique, affirmait que le vaccin contre le Covid provoquait notamment cancers et "maladies auto-immunes mortelles" et estimait que "l'Afrique nous envahit" en faisant au passage un lien avec les punaises de lit?

Sébastien Humbert, nouvel élu dans la quatrième circonscription des Vosges qui faisait la promotion des théories fantaisistes d'Alexandra Henrion-Caude, figure de proue du mouvement antivax et complotiste, sera-t-il sanctionné ? Pas si sûr, puisque Jordan Bardella avait estimé que "Didier Raoult est à la médecine" ce que le RN est "à la politique" ?

- Magnanimité -

Devant cette liste de nouveaux députés aux propos litigieux, le parti lepéniste avait renvoyé à la difficulté d'investir des candidats dans le temps très contraint provoqué par la dissolution de l'Assemblée.

Le député sortant de l'Yonne du Rassemblement national (RN) Daniel Grenon, en novembre 2022

Le député sortant de l'Yonne du Rassemblement national (RN) Daniel Grenon, en novembre 2022

Handout - ASSEMBLEE NATIONALE/AFP/Archives

L'assertion semblait toutefois contraire à celle, maintes fois répétées ces deux dernières années, selon laquelle un "Plan Matignon" était "prêt" en cas de victoire du RN et qu'"il suffisait d'appuyer sur un bouton pour le déclencher".

Mieux: "Des tas de personnes de grande qualité, parfois des hauts fonctionnaires" faisaient ces derniers mois "acte de candidature" en prévision de législatives anticipées, selon le parti. Une promesse qui ne fut pas pleinement remplie.

Le Rassemblement national n'avait par ailleurs pas précisé lesquels de ces candidats étaient visés par une procédure devant sa "commission des conflits" - laquelle, selon Marine Le Pen, "tape dur".

Plus prosaïquement, le Rassemblement national ne semble pas en mesure de se séparer de ces nouveaux élus: avec 124 à 128 sièges dans le nouvel hémicycle (138 à 145 avec ses alliés ciottistes), son rêve de majorité, ne serait-ce que relative, s'est fracassé sur le front républicain et l'a relégué à la troisième marche du podium: une configuration davantage propice à la magnanimité qu'aux purges.

Par Paul AUBRIAT / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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