Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Un plan de relance qui révèle une dissymétrie structurelle

L'extase du côté des européistes et macronistes, l'humiliation française qui se soumet à l'Allemagne de l'autre. Ce plan de relance de 500 milliards d'euros fait débat. Il révèle surtout la dissymétrie structurelle qui existe entre les deux pays. L'évangélisme des européistes français ne doit pas faire tomber les admirateurs de cette "solidarité européenne" dans une naïveté au détriment de ses propres intérêts, là où l'Allemagne convient d'une approche beaucoup plus pragmatique.

 

Après les annonces de Merkel et Macron, on ne peut plus dire que l’Europe est aux abonnés absents. 

Divine surprise pour les européistes. La macronie admire son champion dont les super-pouvoirs ont ramené Angela Merkel dans le lit conjugal. Laurent Joffrin, proche de l’extase parle de résurrection, annonce « un bond en avant» dans l’intégration européenne et ironise sur ce jour de deuil pour les anti-européens. Du côté de ces derniers, les réactions sont tout aussi prévisibles. Mélenchon a lui parlé  d'une "humiliante séance où la France fait le porte-serviette du gouvernement allemand". 

Et alors qui a raison ? 

Pour le moment, j'ai le sentiment que cet accord ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. Cependant, il faut d'abord oublier les grandes proclamations sur la souveraineté européenne et sur l’Europe de la Santé qui doit devenir une réalité. Les Allemands et les autres ne vont pas payer pour l’hôpital public français. Ce qui compte, ce sont les 500 milliards. Ces 500 milliards ne sont pas le saut quantique qu’évoque le Président de la République mais c'est tout de même un tournant. Ça ne signifie pas que l’Allemagne paiera les dettes passées des Etats dépensiers, mais qu’elle accepte que l’Europe s’endette pour leur consentir des prêts dans le futur. Encore faut-il que ce dispositif voit le jour.

Parce que vous doutez de la parole de deux dirigeants ? 

L’argent n’arrivera que si le plan est ratifié par tous les Parlements, y compris en Allemagne et ce n’est pas gagné pour Merkel. De plus le diable est dans les détails. On se rappelle ce qui s’est passé avec la Grèce qu’on a soutenue en lui imposant des conditions insupportables. Si Macron a insisté la merveilleuse et introuvable solidarité européenne, Merkel a rappelé qu’il faudrait rembourser, que les cigales se le tiennent pour dit. 

C’est tout de même une expression de cette solidarité européenne à laquelle vous ne croyez pas vraiment. 

Oui car elle révèle surtout une dissymétrie structurelle. Les Français qui aiment la métaphore du couple veulent des déclarations, des bouquets de fleur, des sentiments. Les Allemands eux, ne font pas de sentiments. S'ils consentent à prêter aux autres ce n’est pas par amour mais parce qu’ils ont besoin de leur vendre des biens. En clair, ils financent les acheteurs de Volkswagen. Et je rappelle que pour les plans de relance, nous avons mis 100 milliards sur la table, eux en ont mis 1100 milliards. Qu’un Etat défende ses intérêts n’est nullement condamnable, c’est même le devoir de ses dirigeants. Ce qui est désespérant c’est que, depuis trente ans, les dirigeants français, grisés par leur propre rhétorique et leurs rêves fédéralistes aient renoncé à défendre nos intérêts.