Le regard libre d'Élisabeth Lévy - Sécurité Globale : "Macron relooké en Big Brother, ce n'est pas crédible"

Alors que la proposition de loi Sécurité Globale, aujourd'hui votée à l'Assemblée Nationale, inquiète le Défenseur des droits, les médias comme Libération, Le Monde et Libération et même des députés, n'en fait-on pas trop alors qu'il s'agit d'éviter aux policiers de voir leur identité diffusée ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

La loi Sécurité Globale, discutée à l’Assemblée, suscite pas mal d’oppositions.

Le Landerneau médiatique est en ébullition. Médiapart s’étrangle, Le Monde s’inquiète, Libé s’indigne. Des cinéastes hurlent à la censure. En prime, l’ONU parle de menace sur l’État de droit, Amnesty International évoque un “problème pour la démocratie”. Bref, on pourrait penser que la France entre en dictature et que la botte du pouvoir est sur le point de s’abattre sur les valeureux journalistes se battant contre un Goliath étatique qui voudrait interdire que l’on montre ses turpitudes. Macron relooké en Bigbrother, ce n’est pas très crédible. 

L’article 24 qui interdit de filmer les policiers serait une atteinte à la liberté de la presse. 

Sauf qu’il n’est pas question d’interdire aux journalistes ni à quiconque de filmer. Ce qui est encadré c’est la diffusion, et sur un seul point : il serait interdit de montrer le visage des policiers. Et seulement si cette diffusion est destinée à nuire. Et il est vrai que l’intention est difficile à prouver. Admettons qu’il faudra désormais flouter le visage des policiers. 

C’est un problème, non ? 

Non. Si l’enjeu est la liberté d’informer sur des pratiques policières condamnables, nul besoin est de connaître nommément les auteurs. C’est à la justice de les identifier et de les sanctionner. Ce qui enrage les journalistes, c’est d’être privés de leur rôle de justiciers. Ils veulent pouvoir dénoncer, jeter des noms en pâture au public. Et bien, ce n’est pas leur boulot ! De plus, les images parlent, mais elles peuvent raconter n’importe quoi. Rappelez-vous de l’infirmière traînée par des policiers. Cela ressemblait a priori à une violence policière gratuite. Or, l’intégralité de la scène diffusée par la police a montré qu’elle avait d’abord insulté et agressé les forces de l’ordre. La prétendue révélation était en réalité une manipulation. 

Cette loi m’inquiète, mais pour une autre raison 

Si, pour une autre raison. Cela montre à quel point l’État est sur la défensive. Plus de peur du gendarme, c’est le gendarme qui a peur. Celui-là même qui est agressé, parfois tué, qui demande à ses enfants de cacher son métier. Pis, les forces de l’ordre se sentent de moins en moins légitimes pour faire usage de la force. Beaucoup de policiers municipaux refusent d’être armés. Face à des délinquants et terroristes surarmés, la police est sans armes : c’est la brigade des nounous. Quand règne la loi du plus fort, les Français veulent être sûrs que le plus fort, c’est l’État.