Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Pourquoi le mot "séparatisme" disparaît de la loi

Comme annoncé par Gérald Darmanin, les mots "séparatisme" et "séparatisme islamiste" disparaîtront du projet de loi" Laïcité". Après le soufflé médiatique donc, la retombée. On passe à la trappe ce qu'il serait bienvenu de nommer. Pour autant, cela ne changera rien au fond. Mais à qui Gérald Darmanin et Marlène Schiappa veulent-ils plaire - ou ne pas déplaire ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Le mot « séparatisme » disparaît de la loi sur le séparatisme !

Ce n’est pas seulement séparatisme mais également « séparatisme islamiste » qui passe à la trappe. Darmanin l’a annoncé sur Radio Classique et l’a confirmé à l’Assemblée Nationale. Cela s'appellera désormais « loi pour le renforcement de la laïcité et principes républicains ». Les termes sont parfaitement consensuels car chacun peut y mettre ce qu’il veut. Même les Frères musulmans seraient pour la République et la laïcité. 

Depuis des semaines, l’Élysée a imposé ce terme dans le débat. Le message n’était autre que « le déni, c’est fini ». Comme l’écrit Péguy, « on dit ce qu’on voit et surtout, on voit ce que l’on voit ». On désigne l’adversaire. On peut donc voir dans ce revirement sémantique, une reculade politique. 

Une reculade politique…

Qui sous-tend des raisons de s’inquiéter. Cependant, il faut distinguer ce que dit la loi et le discours politique. 

La loi ne peut pas distinguer les individus en fonction de leurs croyances. On n’a pas interdit le voile islamique à l’école mais les signes religieux. Aujourd’hui, il s’agit de combattre des agissements qui visent à soustraire des Français à la culture commune. Par exemple : l’école à domicile. Vous ne pouvez pas l’interdire aux seuls islamistes. Du coup, le couperet tombe sur des gens qui ne posaient aucun problème. C’est le prix de l’égalité devant la loi. L’impératif d’universalité donc d’une certaine abstraction. 

Donc, pourquoi ce changement sémantique ? 

Je comprends que les mots « islam » et « islamisme » ne figurent pas dans la loi. En revanche, pourquoi abandonner « séparatisme » ? Peur qu’il soit cassé par le Conseil Constitutionnel, le Conseil d’Etat, la Cour Européenne des droits de l’Homme. Or, derrière leur apparente neutralité, ces hautes juridictions ont un petit penchant pour l’accommodement déraisonnable.

De plus, ce mot déplait à gauche où on dénonce la stigmatisation de toute une population déjà discriminée. Il ne vise pas seulement la sphère religieuse, mais celle des mœurs. Le bannissement de la nudité dans les vestiaires de foot n’a rien à voir avec la laïcité.

Finalement, c’est encore le « en même temps » macronien ?

Ou alors, une sorte de “Stop and go”, comme avec le Covid. Le risque, c’est qu’on ne comprenne plus rien. Cependant, attendons le texte. Et attendons de voir l’emballage politique. Réjouissons-nous de vivre dans ce merveilleux pays où on peut se disputer des semaines durant sur le sens d’un mot.