Le regard libre d'Élisabeth Lévy - "On n'arrête pas l'économie mais on arrête la vie"

Le couperet est tombé : il faudra se claquemurer la nuit, comme en 40. Faisant fi des dépressions qui en découleront, les restrictions individuelles en disent long sur nos priorités, proches du "Travail, famille, patrie" de Pétain. Nous sommes réduits à être des homo oeconomicus.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Couvre-feu, donc, pour une bonne partie des Français.

C’est reparti comme en 40, c’est-à-dire comme en mars. Avec le couvre-feu, voilà le retour des Ausweis (pardon, des “attestations”) et des amendes. C’est la guerre, me direz-vous. Et comme l’a dit Anne Hidalgo en bon petit soldat, “il faut écouter le chef”

Seulement, on le ferait plus volontiers si on n’avait pas le sentiment que cette nouvelle stratégie traduit la faillite de la précédente. “StopCovid n’est pas un échec, ça n’a pas marché”, a dit le président de la République sans rire. Admettons donc que la triplette magique « dépister/isoler/tester » n’est pas un échec. Mais qu’elle n’a pas marché. On aurait aimé qu’Emmanuel Macron nous explique pourquoi. 

Nous revoilà donc peu ou prou dans la même situation qu’il y a six mois. Pas un lit de plus en réanimation. Et faute des tests massifs, nous voici condamnés à ce semi-confinement qui ne dit pas son nom. 

On ne va pas arrêter l’économie ?

D’abord, on l’arrête en partie en pénalisant des secteurs qui ont fait des efforts et des investissements pour s’adapter. De nombreux restaurants vont purement et simplement fermer. 

Cependant, vous avez raison. On n’arrête pas l‘économie. On arrête la vie. Métro-Boulot-Dodo, pour ne pas dire Travail-Famille-Patrie. Votre vie sociale doit désormais se limiter à vos collègues de bureau et camarades de fac ou de lycée, à votre légitime et à vos enfants. 

Nos gouvernants qui doivent arbitrer entre plusieurs risques n’ont que deux boutons. L’économie ou la santé. Vous pouvez vous contaminer au travail, pas au restaurant. Nos besoins vitaux ne semblent être que produire et travailler. Le reste, la vie, la culture, l’amitié, l’amour, tout peut être suspendu. Bref, nous ne sommes plus que des homo oeconomicus. Car par la même missive, on nous incite à partir en vacances. Et début décembre, ils nous encourageront à faire notre shopping de Noël. 

Mais il faut bien arrêter la propagation du virus ? 

Certes. Mais il faut aussi vivre avec lui, on nous l’a assez seriné. C’est une drôle de vie. Le prix à payer en dépressions et autres troubles psychologiques risque d’être élevé. Ne parlons pas des jeunes qui vont être claquemurés avec leurs parents, mais quid des vieux, des malades condamnés à passer leurs soirées seuls ? 

“Nous y arriverons” a conclu le président de la République en conclusion. Quand on se rappelle que ce sont exactement les mots prononcés par Merkel lorsqu’elle a décidé d’ouvrir les bras à un million de migrants, ce n’est pas très encourageant.