Le regard libre d'Élisabeth Lévy - Macron rêve d'une caste politico-médiatique

Hier soir, Emmanuel Macron présentait ses voeux à la fine fleur de la presse française. Et le moins qu'Élisabeth Lévy puisse dire, c'est que les flatteries envers les journalistes, cumulées au dénigrement des foules au travers des réseaux sociaux montre, encore une fois, la fracture du Président avec son peuple.

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

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EM a adressé hier ses vœux à la presse. Vous y étiez ?

Non, et je le regrette parce qu’il y avait une sacrée ambiance. Il y a deux ans, le Président passait une avoinée aux journalistes qui, laissait-il entendre, ne cherchaient pas la vérité. Hier c’était "que vous êtes jolis que vous me semblez beaux". Médiateurs par-ci, contre-pouvoirs par-là, variations sur le beau métier d’informer, ce fut un festival d’amabilités. 

Mieux. Lui qui se demandait l’an dernier si les journalistes étaient au niveau de sa pensée complexe affirme désormais qu’il s’appuie sur leur expertise pour gouverner. Voilà qui va rassurer les Français. 

Rien, dans son discours ne vous a convaincu ?

Pour être convaincue, j’attends des actes. Mais la référence à Charlie Hebdo et à l’esprit du 11 janvier font plaisir au camp laïque. « La liberté de critiquer et de blasphémer doit être préservée ». Dont acte. D’autre part, dans la bataille mondiale du numérique, sa volonté de défendre un modèle français qui protège les auteurs et les contenus est louable. 

Alors où est le problème ? Qu’il dise des gentillesses aux journalistes ?

Une petite musique est récurrente dans tout son discours : les gentils journalistes et les méchants réseaux sociaux. On finit par entendre "les gentils journalistes et le méchant peuple".  Vous, les journalistes, vous raisonnez, vous savez, vous avez de la déontologie, pas comme tous ces inconnus habités par leurs passions qui se livrent à des lapidations. 

Le président de la République oublie que les lapidations réussies, si on ose dire, passent toujours par les vrais médias. Le lynchage en meute n’est pas une exclusivité des réseaux sociaux. Les médias respectables y excellent.  Mais hier, rien ne devait assombrir l’idylle. Les journalistes sont invités à lutter contre la concurrence déloyale du quidam armé de son smartphone. 

Et la vérité sort de la seule bouche des journalistes professionnels. 

Quel est selon vous l’objectif d’Emmanuel Macron ?

Toutes ces gentillesses ont un objectif stratégique. Montrer que les journalistes et le pouvoir font bloc contre la violence de la rue. En clair, il nous propose une alliance de gens raisonnables et éclairés contre les ploucs qui fument des clopes et roulent au diesel. On verra si les journalistes lâchent leur fromage. En attendant, si on voulait les convaincre les dits ploucs qu’ils sont gouvernés par une caste politico-médiatique, on n’aurait pas fait autrement.