Le regard libre d'Élisabeth Lévy - Les étudiants veulent étudier !

Grève générale dans quasiment tous les corps de métier mais quid des étudiants ? Si certains considèrent judicieux de bloquer les universités en prétendant "se nourrir dans les poubelles" malgré les aides astronomiques qui leur sont conférées, je prends le pari que les étudiants ne se rangeront pas du côté des grévistes. Oui, ils veulent étudier !

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

Retrouvez le regard libre d'Élisabeth Lévy tous les matins, du lundi au vendredi, à 8h15.

 

Les étudiants au milieu de ce 5 décembre  

Le gouvernement redoute que les étudiants rejoignent la cohorte des corporations en colère. Des minorités actives et bruyantes s’emploient à les convaincre. Mais je risque un pronostic : la convergence travailleurs/étudiants n’aura pas lieu.  

Le 8 novembre, après la tentative de suicide d’un étudiant devant le CROUS de Lyon, les déclarations tonitruantes de quelques militants ont pu donner l’impression que, d’une part, tous les étudiants vivaient dans la misère et que d’autre part, les facs étaient prêtes à s’embraser. 

 

La précarité étudiante n’est pas une invention ! 

Oui, la précarité est conssubstantielle au statut d’étudiant (qui reste un statut transitoire). Les difficultés sont réelles mais les jeunes expliquant qu’ils ont quatre boulots et se nourrissent dans les poubelles ne sont pas crédibles. L’université est quasi gratuite en France. L’an dernier, 700.000 étudiants ont bénéficié de bourses sur critères sociaux (soit 40 % des inscrits à l’université). De plus, il y a un réel dispositif d’accueil : assistante sociale, réunions d’informations, aide psychologique. 

D’ailleurs, le 26 novembre, ils n’étaient que quelques centaines à défiler contre la précarité. À Lyon, ils scandaient : « On veut des thunes et on les veut maintenant ». Ce qu’ils veulent, résumait Le Monde, c'est « la gratuité des transports en commun, des logements décents, un salaire. En somme, les moyens d’étudier sans avoir à travailler. » Et un petit éventail ? Cela revient à jouer sur les deux tableaux : ils prétendent être traités en adultes, voire en partenaires sociaux, et fixer eux-mêmes les règles, mais dans le même temps, la collectivité doit leur fournir les moyens de leur révolte. Et l’idée de travailler pour payer leurs études leur paraît insoutenable. 

 

Mais vont-ils faire grève ou pas ? 

Pour faire grève, il faut travailler. On jouera sans doute à la révolution sur quelques campus: Paris 8, Rennes 2, Toulouse Le Mirail. À la Sorbonne (Paris I/IV) un comité interfac a appelé « tous les jeunes à se mettre en grève reconductible et illimitée contre Macron et son monde ». Ce même comité avait convoqué une assemblée générale - les fameuses "AG" - hier mais la présidence a fermé préventivement la plupart des sites. Du coup, ils en sont réduits à bombarder les réseaux de textes furibonds sur le thème du "vous allez voir ce que vous allez voir". Exemple : le groupuscule « Occupant.e.s de la commune libre de Tolbiac » dénonce cette agression et appelle les "étudiants.e.s" à se rassembler aujourd’hui devant la présidence de l’université. Une étudiante en philo me dit, « ils veulent juste foutre le bordel. Mais beaucoup de gens se moquent d’eux ». Du reste, le premier syndicat étudiant, la FAGE, n’a pas appelé à la grève. Pourquoi ? Peut-être parce que, curieusement, ce que veulent la plupart des étudiants, en plus de refaire le monde, c’est étudier.