Le regard libre d'Elisabeth Lévy - "Le virus a bien voyagé avec des humains dotés de passeports !"

Selon notre éditorialiste, le gouvernement n'a pas eu la bonne attitude, ni la prudence avisée de fermer les frontières. Maintenant, place à la culpabilisation des Français.

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

Retrouvez le regard libre d'Elisabeth Lévy chaque matin, du lundi au vendredi, à 8h15 sur sudradio.fr.

Vous avez écouté le président de la République : on n’est pas encore au confinement absolu. 

Et pourtant, dès midi, des centaines d’internautes et de confrères l’annonçaient de source sûre. La France allait passer au grand confinement à l’italienne avec couvre-feu après 18 heures. "Les boulangeries vont fermer" m’assurait une vendeuse. De nombreux Parisiens entassaient packs d’eau et papier toilettes dans leur 4x4 pour foncer vers leur résidence secondaire avant que la capitale soit placée à l’isolement. Une petite ambiance d’exode, mais d’exode de luxe. 

Pas de couvre-feu donc. Le fait notable est alors qu’il n’est pas interdit de travailler. Le télétravail est même plus que recommandé car on n’arrête pas toute l’économie.

Le président a-t-il été convaincant ? Rassurant ?   

Plutôt un peu énervant avec son ton oscillant entre guide suprême et maître d’école. D’un côté, il enchaînait les lieux communs, "nous sommes en guerre", "nous gagnerons", "rien ne sera plus comme avant", "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". De l’autre, "vous n’avez pas été sages et si ça continue, nous devrons encore serrer la vis". 

Est-il vrai que dimanche, les Parisiens ne mesuraient pas la gravité de la situation ? 

D’abord, vous croyez que tous les Parisiens étaient au parc parce que vous avez vu l’image cent fois. 

Mais surtout, me reviennent des sermons un peu incongrus quand on rappelle qu’il y a quinze jours, Macron disait "la vie doit continuer"

Samedi, à 19 heures, ils annoncent la fermeture des bars et restaurants le jour-même. Le lendemain, les Français sont conviés aux urnes et les parcs sont ouverts. Alors, ils y vont. Et se font cafter par madame la Présidente qui, désireuse de se promener, s’offusque que trop de manants aient eu la même idée. « Ce que j’ai vu ne m’a pas plus », gronde Edouard Philippe. Venant de gens qui ont eu un tel retard à l’allumage, c’est un peu fort de café.  

Vous ne pouvez pas leur reprocher de n’avoir pas su avant la science. Mais...

On peut en revanche leur reprocher d’avoir rejeté par pure idéologie, toute idée de contrôle aux frontières avec un argument stupide : le virus n’a pas de passeports, il ne connait pas les frontières. Mais le virus a voyagé avec des humains dotés de passeports. Et la frontière, c’est l’endroit où vous pouvez contrôler et éventuellement refouler ces humains. Or, tandis que tous les pays du monde, y compris nos chers amis allemands, adoptaient des mesures restrictives, ici, on nous chantait "l’air du repli, c’est mal". Et aujourd’hui, Emmanuel Macron nous annonce, triomphant, que l’Europe fait ce qui était mal hier : fermer l’espace Schengen. C’est d’autant plus consternant que l’Europe se rappelle qu’elle a une frontière au moment où plus personne ne veut la franchir.