Le regard libre d'Élisabeth Lévy - "Le combat face à l'islamisme dépendra surtout des musulmans eux-mêmes"

Dans le "en même temps" du président de la République, il y a toujours du bon et du moins bon. Il y a de la fermeté mais aussi des yeux doux faits aux indigénistes. Fort heureusement, les hauts placés de l'islam français semblent prendre réellement conscience du danger des dérives salafistes. Le changement, c'est maintenant ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Revenons sur le discours de vendredi sur le séparatisme.

Le premier réflexe est de se dire : encore un discours. Car le combat culturel se mène d’abord avec des discours. Mais à y voir de plus près, il y a un changement de ton. Peut-être la fin d’années de dénégation. Pour la première fois, l’État nomme le problème, “le séparatisme islamiste”, et affirme qu’il va rétablir l’ordre. 

Le président de la République n’a pas fait une thèse. Certes, il abuse du mot République et des valeurs afférentes. Mais il nomme beaucoup d’exemples concrets. Des petites filles en burqa, des contrôleurs refusant de faire équipe avec une femme, des enfants qui refusent de regarder “les trois petits cochons”.  

Donc, c’est un zéro faute pour le président de la République ? 

N’exagérons pas ! Le discours est salué par le camp de la fermeté mais aussi par celui de l’accommodement, preuve qu’il y en a pour tout le monde. Le président de la République appelle ça tenir les deux bouts de la chaîne. Ni simpliste/Ni naïf. Il s’agit de ne désespérer ni la France périphérique qui ne se sent plus chez elle ni les banlieues. Pour éviter l’amalgame et la “stigmatisation”, il postule à une coupure nette entre islam et islamisme. Or, tout son discours montre au contraire que l’islamisme n’est pas extérieur à l’islam, il en vient.

Puis, il a aussi fait ce long dégagement sur le discriminations, exclusions et colonisation, thématiques qu’il veut reprendre aux indigénistes. Seulement, en mêlant les deux discours, le président encourage le confort victimaire et laisse entendre que si certains se dressent contre la France, c’est parce que nous avons été méchants. Dans cette perspective, il plaide pour un renforcement de l’enseignement de l’arabe. Ce qui est absurde car le rôle de l’Éducation Nationale est de transmettre la culture française à tous, pas de renvoyer les élèves à leur origine. 

Finalement, est-ce que ça va changer quelque chose ? 

Ce sera un combat de longue haleine. Dont une part revient à l’État qui prend beaucoup de mesures, dont l’obligation d’être scolarisé à partir de trois ans et la mise au pas des associations (fer de lance de la sécession culturelle). Tout dépendra de sa capacité à exercer une véritable coercition. Mais cela nécessite aussi une mobilisation de la société en général, et particulièrement des musulmans. 

Là aussi, nous assistons peut-être un tournant. Après le plaidoyer du recteur de la mosquée de Paris pour qu’on foute la paix à Charlie, les responsables du CFCM se disent aujourd’hui déterminés à participer au combat. Ils ne nient pas - ou plus - le problème. Ils ont peut-être compris qu’en l’obligeant à s’adapter au cadre républicain, la France pouvait être une chance pour l’islam.